Une discussion autour du Pussy Power

Je n’ai jamais autant entendu parler de mon vagin que ces derniers temps. Enfin, quand je dis « mon » vagin, je parle aussi du tien. De celui de ta mère. De tous les vagins de toutes les meufs de cette Terre.

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Comment certaines d’entre nous en sont arrivées à s’enfiler une pilule de paillettes dans le vagin pour en asperger leur date Tinder et ainsi espérer briller au pieu ? Va-t-on vraiment finir par se ramener en soirée en robe vulve de façon totalement décomplexée ? Enfin, notre petite cousine de quatorze ans aura-t-elle une labiaplastie* pour son anniversaire ?

Ce sont des questions que toutes personnes munies ou non d’un vagin sont en droit de se poser et j’ai décidé d’y répondre avec vous.

#. DE LA ROBE VULVE AUX PAILLETTES DANS LA SCHNEK

Il parait que tout a commencé quand des gens non-identifiés se sont rendus compte que le sexe féminin était victime depuis environ toujours d’une terrible discrimination. Cette révélation s’est alors manifestée sous la forme d’une question pour le moins pertinente : pourquoi des graffitis foireux de pénis envahissent depuis toujours les murs des toilettes de nos écoles / des bars miteux que l’on fréquente parfois / de nos maisons (pour les plus audacieux) sans que jamais un seul dessin de vulve ne soit entré dans les mœurs ?

La révolution du pussy power était née. Parmi elle, des étudiants vénères et contrariés, du nom de AnGi, Auriane, Fabien et Olivier ont lancé le mouvement Vagina Guerilla, une sorte de révolution du futur qui milite pour que « les dessins de teuches et de teubes cohabitent sur nos murs et inscrivent en lettres de graphe un peu plus d’égalité. » Ils ont créé un symbole universel du sexe féminin et l’ont partagé partout, de leurs réseaux sociaux aux tote bags, stickers et autres badges qu’ils vendent sur leur e-shop.

Le 9 septembre 2017, alors que la Fashion Week new-yorkaise battait son plein, une jeune marque allemande du nom de Namilia a fait défiler devant un front row rempli de fashionistas des fringues et accessoires de mode bourrés de vulves en tissu absolument tout sauf subtiles. La collection, sobrement baptisée « Pussy Power » n’était rien d’autre, selon ses créateurs Nan Li et Emilia Pfolh, qu’une façon de revendiquer leur féminisme, eux, fervents militants de l’égalité des sexes.

NAMILIADressCode

Fallait-il désormais défendre nos vulves coûte que coûte, au point d’en devenir grotesque ? Nos vagins venaient-ils de devenir les accessoires de mode les plus tendances de la saison ?

Il suffit de taper « vagin » dans la barre de recherche Etsy pour accéder à une collection de créations en tout genre (de la simple broche vulve à la piñata vagina disponible en plusieurs coloris) censée rendre justice à l’organe génitale féminin. Des créations à l’image de la nail artiste MsPattyCake, à qui l’on doit la tendance du #vaginanails – qui elle, est sans aucun doute de très mauvais goût.

Mais comme toute révolution qui se respecte vient l’heure des débordements. Des tendances WTF aussi débiles que dangereuses comme celle, par exemple, des paillettes dans la schnek. Une capsule qui fond dans le vagin lorsqu’on est excitée et libère une pluie de paillettes tout en donnant à nos sécrétions un doux goût de bonbon à la fraise (#angoisse).

Les gynécos de France et de Navarre n’étaient pas au bout de leurs peines, eux qui avaient déjà tant de mal à gérer les patientes qui se promenaient avec un œuf dans la chatte après avoir suivi les conseils pourris de Gwyneth Paltrow qui consistent – entre autres – à s’introduire un œuf de jade dans le yoni (mot hindou pour désigner l’organe génital féminin) dans le but de parvenir à « du meilleur sexe ».

Ça et une panoplie de cosmétiques pour vulve qui va du baume à lèvres vaginales à l’highliter en passant par le vontouring (contouring pour vulve, donc) (le petit chouchou de Kim K) et vous venez de créer une génération de jeunes femmes complexées par leur organe génital – qui ne savent plus trop où donner de la tête entre se réjouir de l’ouverture prochaine du premier musée consacré aux vagins et leur premier rendez-vous pour une labiaplastie.

#. LE MYTHE DE LA CHATTE PARFAITE

La labiaplastie – parfois orthographiée labioplastie –, justement, est une intervention de chirurgie plastique qui consiste à réduire la taille des lèvres du vagin. Une opération très en vogue chez les moins de 20 ans.

LABIAPLASTIE

Pas si étonnant que ça quand les seules teuches qu’on a vu dans nos vies sont celles des Barbie et des actrices pornos ; des sexes « parfaits » où rien ne dépasse, ni un poil ni un bout de chair.

Une génération élevée à l’hypersexualité, qui s’est éduquée sur YouPorn et a eu comme modèle Miley Cyrus, elle-même inspirée de la doyenne du porno chic Madonna (qui pour rappel, en 1992, sortait son livre pornographique SEX juste après avoir chanté « Like A Virgin » en se caressant sur la scène des MTV Awards en robe de mariée).

Toujours érotisés, la femme nue et son sexe sont convoités, sublimés, mais jamais le vagin n’est représenté tel qu’il est vraiment. Jamais personne ne nous a dit qu’il y avait autant d’organe génitaux féminins que de femmes – de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les tailles.

Alors il en faudra certainement beaucoup, des comptes Instagram comme celui de @stephanie_sarley, @clubclitoris et @the.vulva.gallery – qui tentent tant bien que mal de dédramatiser le vagin- pour annuler cette simplification de l’organe féminin à cause de qui le complexe de la chatte imparfaite et l’enfer du camel toe sont de vraies guerres 2.0.

Car pendant longtemps (très longtemps), l’organe génitale féminin fut un véritable tabou, un sujet interdit, sale. À l’époque, selon les mots du philosophe Jean-Paul Sartre, l’anatomie féminine ne se résume qu’à un trou noir qui ne peut être comblé que par l’homme.  Même « L’Origine du Monde » de Gustave Courbet (1866), tableau ô combien célèbre et scandaleux pour représenter le sexe féminin n’est à y bien penser qu’une mauvaise illustration de la réalité. Car une ouverture de cuisse telle qu’elle ne devrait-elle pas laisser naturellement apparaître un sexe au moins entrouvert ?

gustave-courbet-lorigine-du-monde

Même à l’école, l’enseignement du clitoris a.k.a l’organe du plaisir est à peine évoqué et trop mal représenté. Il faudra attendre le buzz du modèle de clitoris à imprimer en 3D d’Odile Fillod et la rentrée 2017 pour que le manuel scolaire Magnard soit le premier (et le seul) a représenté enfin correctement le clitoris.

Ainsi en 2014, sur 1000 femmes interrogées en Grande-Bretagne, seule la moitié savaient situer leur vagin.

Heureusement, des scientifiques, des femmes, des militantes, des artistes, ont choisi de s’y pencher, d’en parler, de rétablir la vérité au sujet de nos vagins mal-aimés. Ils et elles ont ouvert le débat qui participe aujourd’hui à l’acceptation de soi et à la diversité – n’en déplaise au diktat et à ce que la société voudrait nous faire croire : que nos vagins sont imparfaits.

Alors en 2018, prenons soin de nos vulves, aime ta chatte et si tu n’en as pas, prends soin de celle(s) autour de toi.

Tendrement,

xx

Jéjé

2 réflexions sur “Une discussion autour du Pussy Power

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