LA MODE ET TOI – LAURA L. : « Il faut éduquer les gens sur le prix des choses »

Dans ma chronique « La mode & toi », je m’incruste dans le dressing (et sur le canapé) des gens pour qu’ils me racontent la relation qu’ils entretiennent avec leurs fringues.

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Aujourd’hui, je m’invite chez Laura Lebouteiller, styliste et créatrice de sa marque éponyme, pour parler longuement de l’envers du décor des marques de fast fashion, de la beach life californienne, des cheveux colorés et de la place du streetwear dans le luxe.  

Rencontre.

Peux-tu commencer par te présenter rapidement ?

Je suis Laura, j’ai 26 ans, je suis styliste et j’ai vraiment un GROS amour pour les vêtements.

Comment définirais-tu ta relation avec les fringues ? 

Comme c’est aussi mon métier, elle est vraiment particulière. Je ne vois pas les choses comme tout le monde. Quand je vais dans une boutique, je retourne les trucs, je regarde où c’est fait… J’ai vraiment un rapport complet sur le produit. Je ne me dis pas juste « Oh, c’est beau ». Je me dis « Ah, ils ont pensé à faire ça comme ça, c’est trop cool ! ». Je suis sensible aux détails quoi.

Et personnellement, c’est ma façon principale de m’exprimer. Entre les vêtements, les cheveux, les tattoo, c’est vraiment un tout. Créativement, je me suis d’abord dirigée vers l’art et c’est là que je me suis rendue compte que c’était dans le vêtement que j’arrivais le mieux à m’exprimer ; aussi bien pour mes créations que pour moi-même.

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« C’est une chemise Laura Lebouteiller, une créatrice trop cool. Et mon truc du moment pour le coup, c’est de nouer tous les trucs comme ça.
Mon pantalon, c’est un Levi’s Vintage et je porte mes Converses trop mignonnes en éponge. Elles sont un peu cracra mais bon, comme toutes les chaussures, ça finit comme ça. »

Quelle shoppeuse es-tu ?  

J’ai complètement arrêté de consommer. Avant, j’achetais surtout pendant les ventes presse ; quand je travaillais chez Paul & Joe, on achetait les trucs qu’on faisait. Après comme avec Dylan (son copain, ndlr) on fait tous les deux des vêtements, on porte nos trucs mais à la base, j’achetais comme tout le monde dans les magasins de grande diffusion avant de me tourner vers des trucs plus pointus.

Puis j’ai été styliste pour une marque de grande distribution et ça m’a traumatisé. C’était vraiment de la fast fashion abusé ; tous les 15 jours, il y a 150 nouvelles références qui rentre en boutique à des prix dérisoires, ils margent à 70% et tout est fait en Chine ou au Bengladesh. On ne sait même pas qui sont ces gens parce qu’on a pas de lien avec eux ; ce sont des agents du groupe qui sont là-bas et qui traitent avec les usines bref, ça m’a dégouté.

Genre certains faisaient carrément des blagues parce que quand tu fabriques en Chine, s’il y a un problème de prod’ tu peux faire un point à la main pour corriger cette erreur, ce que tu ne pourrais pas faire sur une fabrication en Europe parce que ça te couterait trop cher… Sauf qu’ils disaient des trucs en mode « Oh, ben c’est pas grave, on va demander à des enfants de le faire ». Non mais waw, moi j’étais pas bien ! Ils disaient : « On les a vu, les gens étaient mains nues avec les produits… » mais sur un ton tellement neutre…

Du coup ouais, je n’étais pas en accord avec ça.

Créativement, c’était super sympa parce qu’il n’y a que des collabs, je pouvais m’éclater mais ça m’a bloqué donc j’ai arrêté à la fin de ma période d’essai. En plus, ils ne payaient pas les heures supp’, je faisais des semaines de 50 heures et on m’a dit « soit tu acceptes ça et tu demandes rien, soit on te garde pas ». J’ai dit salut.

Et là, je me suis retrouvée avec seulement mon taf en freelance. En plus je n’avais pas le droit au chômage, du coup, non seulement ça m’avait dégouté mais en plus je n’avais plus du tout d’argent quoi.

Et en fait c’est trop marrant parce que depuis que j’ai arrêté (de consommer*), maintenant je pourrais me racheter des trucs mais je n’en ai plus envie de la même façon.

On est dans un truc où plus tu consommes, plus tu as envie de consommer et d’avoir arrêté c’est comme si je m’étais remise à zéro. Je réfléchis plus, je n’ai pas envie de retourner dans ce système.

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Lazy Oaf x Betty Boop

D’ailleurs, il faut absolument regarder ce documentaire qui a fini de m’achever, « The True Cost » (disponible sur Netflix ; ndlr). Il faut que tout le monde sur Terre voie ce doc’ ! Après voilà, si ma pote me dit qu’elle est allée chez H&M, je ne vais pas la blâmer. Mais c’est plus dans un esprit où, si demain j’ai besoin de chaussettes, effectivement je ne vais peut-être pas pouvoir aller je ne sais pas où, je vais m’acheter un pack de chaussettes n’importe où, je ne suis pas radicale, mais ne pas acheter des trucs dont on n’a pas besoin.

Dans le documentaire, j’ai trop aimé la façon dont il analyse le vêtement qui était de base un produit que tu achetais pour du long terme et qui est devenu un produit que tu consommes. C’est trop ça !

Chez Undiz par exemple, c’est exactement le type d’achat visé. Leur cliente c’est la meuf qui va en week-end je sais pas où avec un mec et qui va s’acheter une tenue sexy. Ou elle va chez les beaux-parents, elle s’achète un pyjama. Ou elle est à la gare, elle prend un pack de trois culottes. C’est vraiment de cet achat dont il parle et pour moi, il y a un problème. J’en ai trop marre. En plus, on se rend tous compte que les trucs qu’on a acheté comme ça, on ne les met jamais !

Notre génération est plus consciente mais il y a quand même un problème, les gens ne savent pas du tout le prix des choses. Pour eux, plus de 30 euros pour un pantalon, c’est trop cher. Mais c’est horrible ! Il faut éduquer les gens sur le prix des choses. Parce qu’ils sont persuadés de moins se faire avoir en allant chez Sandro par exemple, mais ils margent pareil ! C’est juste que le truc que t’as payé 8 euros, ils l’ont payé 0,30 cts en usine en énorme quantité, mais tu te fais avoir exactement de la même façon. Ça n’a pas de sens.

Maintenant, quand j’achète un truc, je vais choisir une collab’ qui me fait kiffer, d’une marque que j’aime avec une autre marque que j’adore. Il y a quand même une grosse tendance chez toutes les marques à faire des choses un peu exclusives et ça par contre, ça me fait kiffer.

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Est-ce que tu suis les défilés / la Fashion Week ?

Oui, carrément. En plus ici, à chaque fois que c’est la Fashion Week, on sort dans la rue on se dit « Putain, mais c’est vrai, c’est la Fashion Week ! ». Il y a que des gens sapés partout, t’es pas prêt. Tu sors faire tes courses, tu vois des talons, des machins… Mais ouais, carrément.

En plus, à la dernière Fashion Week, avec Béton Ciré (la marque de chapeau de marin breton, à mi-chemin entre un bonnet et une casquette, pour laquelle Laura travaille en freelance ; ndlr), on a fait une collab’ avec Comme des Garçons, c’était trop stylé. On est allé au défilé du coup mais jusqu’au dernier moment, ils te disent que le D.A peut décider de ne plus mettre de chapeau. Donc on était dans le public et jusqu’au dernier moment on ne savait pas s’il allait y en avoir un, deux, zéro. Et finalement, TOUS les mannequins portaient du Béton Ciré. Tous !!! C’était trop stylé.

Une actu mode qui t’a marqué dernièrement ?

Michael Kors qui rachète Versace !!! En plus, j’adore Donatella ! Et Michael Kors, je ne savais pas qu’ils avaient autant de tunes en fait. Parce que les américaines, elles kiffent Michael Kors, mais au point de pouvoir racheter Versace ? J’étais choquée. Ils essaient un peu d’être un genre de LVMH tu vois, après ça change rien. La fabrication restera italienne apparemment, bon voilà, c’est LA big news où j’ai vraiment fait « Mais QUOI ??!!! Même Versace se fait racheter, mais quelle tristesse ! ».

Est-ce que tu suis les tendances ?

Yes. Enfin je suis, forcément, oui. Mais après, je ne les suis pas comme un toutou. Mais tu ne peux pas dire que tu ne suis pas, enfin t’es forcément influencée par ce que tu vois et ce qu’ils se passe autour de toi. De toute façon, même quand je fais mes créations, j’ai forcément des influences…

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Mes Vans, c’est un classique de base. Mais l’imprimé Cherry, j’aimais trop et ils les ont ressortis que aux Etats Unis. Du coup j’ai commandé sur un truc impossible, je les ai payés comme si c’était des chaussures de ouf alors que c’est juste des Vans mais bon.
Et le pantalon, je l’ai emprunté à mon mec, c’est un Carhartt. Et mon pull est en maille jacquard bandana, en intersia en plus, une très belle technique parce qu’à l’intérieur, tu vois, c’est beau aussi ! C’est Supreme.

Quelles sont les marques ou les créateurs que tu préfères ?

J’aime trop Lazy Oaf.

En créateur, j’aime vraiment beaucoup Jacquemus. Ce qu’il fait, je trouve que c’est vraiment ouf.

Et plus ça va, plus je vais vers le streetwear. Mon mec est complètement Supreme à fond, genre il est pote avec les vendeurs et tout. J’avoue au début, je pensais que Supreme c’était juste des tee-shirts mais en fait ils font des produits de ouf, et vraiment bien. Du coup à chaque fois on suit et franchement, ils sont vraiment forts. Genre les pièces sont complètes et bien faites, ils font des techniques de ouf. Respect !

Et j’aime bien Joyrich, aussi. Après dans l’accessoire j’aime trop Justine Clenquet. C’est une marque de bijoux faits en France. C’est trop beau ce qu’elle fait, là elle monte de ouf, elle est vendue chez Opening Ceremony et elle collabore pas mal sur les défilés où elle fait les collections de bijoux des marques. Elle a fait Jour/Né, des bijoux avec des gros coquillages, c’était trop stylé.

Après je peux aimer plein de trucs tu vois, dès l’instant où c’est créatif, original et que le produit me parle… Il faut qu’il y ait un univers, un truc quoi !

As-tu des muses fashion ?

J’avoue, je kiffe trop Sita Bellan. Je me suis fait la même couleur de cheveux qu’elle, je l’aime trop ! Par contre l’autre jour, c’est elle qui m’a copié, elle s’est fait des petits kikis dans les cheveux comme moi. Et ça, je les faisais avant elle !

Après, ce qui m’a toujours inspiré, ce sont les meufs dans Grease. C’est une grosse inspiration mode. Et j’adore toute cette ambiance californienne. Quand j’étais à Chardon (école de mode ; ndlr) et que je faisais ma collection, j’étais là : « Bon, je m’inspire de qui ? Qui est ma personne idéale ? », j’avais fait plein de recherches sur les styles californiens parce que finalement, il y a tellement de styles qui ne sont apparus que là-bas et il y a vraiment une ambiance particulière. Ce sont eux mes icônes mode. Tout cet esprit, le soleil, tu vois… Les meufs sur la plage avec des maillots de ouf, tout ce mélange entre le street et le féminin… Voilà.

Quelle est la pire période stylistique que tu as traversé ?

Je pense que c’était au collège. Tu connais la marque Punkyfish ?

Bon, déjà j’avais les bagues, la peau grasse, les cheveux gras, le bout des cheveux rouge… Et ça, c’était vraiment la pièce la plus immonde. C’est un gilet noir, avec un zip, peut-être une capuche, et sur les manches noires t’as un effet coupé, le tissu est vraiment tailladé et en-dessous, il y a un tissu rouge. C’était le pire.

Je mettais ça avec un pantalon taille basse avec une braguette d’un centimètre et des chaussures de skateurs bien grosses. C’était mon look en 4ème/3èmeet je pense que c’était le best. Tu vois le moment où t’es là genre « Waw, Avril Lavigne elle est trop belle ! En plus elle sort avec le mec de Sum41 !!! ». Voilà, c’est vraiment cette période-là.

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BÉTON CIRÉ

Et la meilleure ?

T’as toujours l’impression que c’est maintenant. Depuis que je me colore les cheveux, que je suis dans la mode, j’ai trouvé mon style mais ça évolue toujours. Quand on est au collège ou quoi, on est dans un truc où on est tous un peu habillé pareil mais à partir du moment où tu as passé ça, où tu sais ce que tu veux, où tu sais que tu peux porter n’importe quoi c’est que c’est bon, c’est ta meilleure période.

C’est le début de ta meilleure période en tout cas.  

Pour moi, il n’y a pas pire que quand j’ai fait des tafs où on m’a obligé à porter un uniforme. J’ai bossé dans une station-service sur l’autoroute en Normandie, Schell. J’avais un pantalon gris, des chaussures de sécurité blanches, un polo rouge et dans mon dos c’était écrit, brodé dessus, « Gardez votre moteur en pleine forme ». T’as ça dans le dos à 6 heures du mat’ sur la station d’autoroute de ton job d’été, c’est l’enfer quoi. Il n’y a rien qui me rend plus triste.

Même l’autre fois, quand j’étais en galère, j’ai fait du service et la meuf m’a demandé comment était mes cheveux en ce moment. Je les avais juste décolorés donc elle était soulagée. Et elle m’a demandé de venir habillée en noir. En noir !!! Mais déjà j’ai rien !

Ça peut paraître futile mais quand on m’oblige comme ça, je me sens mal. Dans mon taf, je peux m’habiller comme je veux. Je me suis rasée la tête, j’ai quand même trouvé un travail ! C’est là que tu te rends compte qu’on est quand même à part.

Là, j’ai passé un entretien, je me suis dit : « Bon, faut qu’on voit qui je suis mais faut quand même que je sois soft… Comment je fais ? »

On est un peu déconnecté de la réalité dans le sens où on s’exprime tellement grâce au vêtement que des fois, on peut faire peur aux gens… On passe un peu pour des tarés. 

Mais c’est ouf tout ce que le vêtement peut provoquer. Tu vois, j’ai déjà eu ce débat avec une pote qui avait un peu honte de dire qu’elle était styliste parce que pour les gens ce sont juste des fringues, c’est futile. Mais moi je suis trop fière ! Ça intéresse tout le monde. Tout le monde met des vêtements.

Pareil, je me suis retrouvée à la soirée d’un ancien pote en Normandie, il était en médecine et sa meuf est prof de chimie. Je vais à leur crémaillère et j’étais pas bien, il n’y avait que des gens dans leur milieu et j’étais là, j’avais trop d’aprioris. Et finalement, tout le monde venait me voir en mode « Ahhh mais t’es styliste c’est trop bien, raconte ! Comment tu sais ce qui va être à la monde l’année prochaine ? ». Genre trop mignon. C’était des gens qui allaient devenir chirurgien quoi.

Je pense que ce n’est pas un tabou. Même là, on pourrait dire « Ah ouais, tu fais une interview où tu parles de ton dressing, super. » OK, c’est un truc de filles ou je sais pas mais en fait c’est tellement important. Plein de choses passent par le vêtement, c’est super important.

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Est-ce que la mode t’a aidé (ou pas) à t’accepter et à t’affirmer ?

Oui, c’est sûr. Archi sûr. J’ai constaté un truc. Quand on était plus jeune, enfin il y a plein de gens qui font ça encore mais moi je le fais plus… La plupart des gens portent des vêtements pour se mettre en valeur. Et c’est vrai, je pensais trop que forcément si tu mets un truc, il faut que ça t’aille, que ça te fasse un bon cul.

N’empêche que maintenant, je suis pas dans un truc où je mets des vêtements pour qu’on voit mon corps comme il est, ni pour plaire physiquement mais plutôt pour affirmer ma personnalité et c’est une façon vraiment différente de porter le vêtement. Ça te fait t’affirmer de ouf.

Je me suis toujours sentie bien, je n’ai pas complexé. Quand j’étais plus jeune je me trouvais trop maigre mais maintenant ça va, j’ai pris des courbes.

Quelles sont TES règles pour un look réussi ?

Comme je peux m’enflammer de ouf, ma règle justement, c’est de temporiser, tu vois. Genre si je fais mes chignons et que je mets un pantalon de ouf, je calme le reste. Forcément. C’est comme « Tu ne te maquilles pas les yeux ET la bouche ». C’est un peu ça. Il faut jauger. Si mon haut est grave sexy, je mets un pantalon un peu garçon. Enfin, je fais toujours une balance entre couleur/ pas de couleur, sexy/pas sexy, large/fin… Je pense que ce sont les contradictions qui font que ça marche.

Y a-t-il une pièce que tu t’interdis depuis toujours ? 

Il y en a plein !!! Les leggins. Les UGG, interdiction. Les Crocs, interdiction. Vraiment. Les ballerines aussi quand même, c’est chaud. C’est interdit. Et après sinon, je peux tout mettre. 

La pièce que tu rêves de t’offrir un jour ? 

Ce serait forcément un truc de créateur de ouf. Le rêve ultime, sans vouloir faire ma Carrie Bradshaw, ce serait peut-être d’avoir une robe de mariée de ton couturier préféré, genre le truc de malade. Ça c’est un rêve mais bon, ce n’est pas pour dire que je rêve de me marier tu vois, c’est parce que c’est la double consécration.

Mais forcément, une pièce de luxe, un truc de ouf. Mais je n’en ai pas précisément. Je ne me dis pas qu’à 40 ans, je veux le sac Chanel, le Birkin, le machin ; non. Bien sûr, je rêve un jour d’aller chez Dior par exemple et d’acheter des trucs. Ça c’est la consécration, le rêve.

Après on s’en sort bien en faisant nos propres fringues aussi, on n’a pas besoin de ça pour être bien habillé tu vois.

Ton obsession mode du moment ?  

Il y a une couleur que j’ai trop envie de porter. C’est un genre de vert un peu jaune. J’ai vu que Stüssy faisait un béret exactement de cette couleur, je le veux. Et puisqu’on parlait de tendance, justement, cette couleur est sur tous les trucs. PARTOUT ! J’aime trop, c’est mon obsession du moment. Peut-être même qu’il y en aura sur Laura Lebouteiller (sa marque éponyme ; ndlr), ça pourrait arriver.

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Mes chaussures viennent d’une collab entre Converse et MadeME, une marque new-yorkaise que j’ai découvert grâce à la collab. C’est une petite marque trop chouette. Ils ont fait un modèle avec ce gros velours côtelé, trop cool.

Est-ce que ton style a évolué depuis que tu habites à Paris ?

Ah, c’est sûr. Déjà, mets un pied à Chardon Savard et tout le monde sait que ton style va évoluer parce que là, c’est le moment où tu pètes un plomb. Et après oui, bien sûr. Je viens d’une toute petite ville en Normandie euuuh, forcément, ça a évolué. Là-bas, les gens me trouvaient déjà originale alors que c’était quand même très soft. En plus ici on baigne tellement dedans, forcément d’être à Paris ça influence ta façon de t’habiller. Même quand tu pars en vacances ou que tu bouges ailleurs, c’est pas pareil. En plus, nous, on va beaucoup aux soirées, aux évents et tout, et souvent on se met au top c’est trop bien. Je trouve que c’est tellement riche, c’est trop cool.

Selon toi, quelle est la différence entre le style et la mode ?

Le truc de base c’est pas de suivre la mode, c’est d’avoir du style.

C’est logique mais le style, c’est comment chacun s’approprie la mode qu’il voit. Même si on va tous au même endroit, entre celui qui aura acheté comme tout le monde et ceux qui vont vraiment l’adapter à eux, c’est là que se fait toute la différence entre les gens qui ont vraiment un style et ceux qui s’habillent pour s’habiller.

C’est le style qui fait tout. En vrai, tu peux être en Crocs et si t’es grave stylé, j’aimerais. Et c’est ça la différence. Tu peux porter n’importe quoi, si c’est ton style et si t’es bien dans ce que tu mets, direct t’as du style en fait. Les jours où tu n’es pas content de comment tu es habillée, t’es pas bien, ça se ressent.

Moi j’aime trop ça mais je n’ai pas un rapport trop compliqué non plus, je ne me prends pas la tête. J’ai des potes qui ne sont pas là-dedans et ça fait du bien aussi. La mode c’est trop vague, ce n’est pas un vrai truc tu vois.

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Mon pantalon, c’est un Lazy Oaf rose qui se transforme en short ! C’est important. Et le haut, c’est JoyRich en collab avec Snoop Dog. En fait, on voit sur Instagram une meuf, Sita Bellan d’ailleurs, à un défilé. Snoop Dog arrive, les mannequins sont qu’en bandana, gros trucs à carreaux et tout, donc on se dit « C’est quoi ces trucs de ouf trop bien et tout ? » et après, on voit qu’en fait c’est pour la sortie d’une collab. On a attendu trop longtemps que ça sorte et dès que c’est sortie, on a commandé sur le site comme des oufs. C’est en soie.

Qu’est-ce que ça t’apporte de créer tes propres vêtements ?

Quand j’étais à Chardon, un prof m’a dit « Ça se voit que tu t’es éclatée en le faisant ». Je ne me l’étais jamais dit avant mais c’est exactement ça. Et finalement, il n’y a rien qui aurait pu me faire plus plaisir. J’essaie toujours de garder ce truc où ça se voit que la personne qui a créé s’est amusée. Sur mes maillots, dans tout ce que je fais, il y a toujours des ajourés à des endroits inattendus. On ne se tape pas des barres en regardant mes vêtements mais tu vois, il y a toujours un petit truc marrant. C’est tout le propos. D’amuser dans le regard par des formes, des découpes que tu n’aurais pas pensé là comme le décolleté à l’envers. C’est vraiment de cette façon que j’aime m’amuser avec les codes, avec les formes féminines et c’est vraiment la base du truc ; de se marrer en portant des trucs cools.

Tu portes tes propres créations ? Ça fait quoi ?

C’est trop cool !

Après le truc c’est que comme tu l’as créé, tu l’as déjà vu, tu l’as shooté sur une meuf trop belle, tu te dis « Ahhh ouais, quand je l’ai essayé à 3h du mat’ en finissant ma couture, c’était pas comme ça hein ! ». Je me lasse trop vite de mes trucs. Je les porterais plus si je pouvais renouveler plus souvent les collections mais c’est trop bien, je suis trop contente de pouvoir faire ça.

Mais ce qui me fait le plus plaisir, c’est quand mes copines me disent « Je veux trop ça !! » et puis on sort ou quoi et elles sont habillées avec mon truc, ça fait trop plaisir. Et quand c’est quelqu’un que tu ne connais pas, c’est trop stylé. J’ai reçu des commandes cet été sur mon site, la première que j’ai eu d’une personne que je ne connaissais pas, j’étais ouf. Déjà en tant que styliste, quand tu bosses pour une marque et que tu vois quelqu’un porter un truc que tu as créé t’es trop contente, mais bon c’est quand même pas vraiment toi quoi.

Est-ce que travailler dans la mode t’a apporté une vision différente du vêtement ? 

Oui. Avant je ne connaissais pas la technique du vêtement ; les finitions, les impressions, les matières… Je n’en avais rien à faire, je n’en avais aucune conscience. Maintenant je regarde tout, j’analyse tout, c’est trop important. Ça a tout changé. 

Et connaître les secrets de la mode, ça fait quoi ?

C’est bien. Maintenant je peux analyser comment la fringue est construite, comment ça a été fait. C’est cool de se dire « Ah, ils ont du faire ça comme ça pour que ça tombe de cette façon », ou « Ah, je suis sûre que c’est cette usine qui a produit ça, ça ressemble trop ». Et puis ce qui est trop bien quand tu es dans la boucle de la créa, c’est que tu es déjà sur la saison d’après. Tu fais les salons et tout donc tu vois toutes les collections de la saison prochaine et c’est trop cool. Même que des fois je me dis « Mais ça, ça va sortir dans un an mais j’ai trop envie de le porter maintenant !!! ».

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J’étais avec un pote de Normandie qui était venu passer le week end à Paris. Il me dit « Ouais, j’ai entendu parler de cette fripe trop bien, ça s’appelle Noir Kennedy » – lui c’est un rockeur il a son groupe et tout – c’était un après-midi où je travaillais pas donc on y va, et là !!! Je vois ce truc de ouf. J’hésitais trop parce qu’il était au prix d’un bomber neuf et il est vieux, il y a des trucs pétés… Et en même temps, je me dis que je ne retrouverais jamais ça ! Du coup je l’ai pris, et c’est trop un bon achat. Je le mets tous les hivers depuis au moins trois ans. Je le mets tout le temps. Et puis des fois je le retourne, aussi. J’ai vu un documentaire super intéressant sur le mouvement punk, qui explique qu’avant, il y avait des types qui étaient chasseurs de skinhead. Il y avait des codes et ces chasseurs retournaient leurs bombers pour qu’on sache qui ils étaient. Parce qu’au final, ce qui est trop marrant, c’est que les punks avaient plus ou moins tous les mêmes codes vestimentaires : polo Fred Perry, bomber, Docs, crâne rasé et tout. Donc pour se différencier, si jamais t’étais un skinhead et que tu croisais un bomber retourné, t’allais te faire défoncer. J’étais là : « Trop stylééé, moi aussi je veux retourner mon bomber ! ». En vrai, je l’ai porté de toutes les façons et je l’aime trop. Et puis la broderie, elle est vraiment cool.

A ton avis, que dit ton style vestimentaire sur ta personnalité ? 

Déjà, on se dit : « Cette personne aime la couleur ». Ça, c’est sûr. Après, je ne sais pas trop ce que ça peut dire sur moi… Que c’est original ? Si tu me mets ailleurs en France ou dans le monde, t’auras forcément des « Ah ouais purée, ben dis donc ! ».

J’espère que ça renvoi une image positive, que ça se voit que je suis sympa. Genre j’espère que j’ai l’air de quelqu’un de sympa. Je suis pas en train de me la péter sur des talons et une robe serrée quoi. Après ça t’empêchera pas d’être trop sympa mais ça renverra pas un truc de sympa, ça renverra un truc plutôt sexy ou quoi.

Mais je pense que ma coiffure me donner un air sympa. La dernière fois, je suis allée à la boulangerie et la dame m’a tutoyé direct. J’avais l’impression que c’était mes parents qui m’avait envoyé acheter la baguette. C’est la coiffure parce que je ne pense pas faire moins que mon âge. Elle m’a dit « s’il te plaît », j’ai trop rigolé. C’est qu’elle m’a trouvé mimi. Ou ce que j’adore, c’est les petites filles quand elle me croise, surtout quand j’avais les cheveux roses, il y en a plein qui s’arrête genre « Han maman, t’as vu la fille elle a les cheveux roses ! » ; j’adore trop, c’est trop bien.

Et ça m’est aussi arrivé que des gens me sourient dans la rue. Sur le coup je me dis « il se fout de ma gueule ? Qu’est-ce que j’ai ? » puis non, je pense que c’est ce côté quand tu vois un truc que t’as kiffé, t’as envie de sourire à la personne. Je me dis que c’est cool.

Y a-t-il un style vestimentaire sur lequel tu fantasmes mais qui n’est pas le tien et qui ne le sera probablement jamais ?

J’ai trop envie de porter des talons et j’en ai que je kiffe, mais je n’y arrive pas. Ça n’arrive jamais.

Mais j’aimerais vraiment pouvoir me faire un look, comme je fais, mais juste avec des shoes de ouf. Parce que moi les chaussures, j’aime trop. Les gros talons et tout, mais je ne le fais jamais.

Quand on sera riche et qu’on pourra prendre que des taxis je le ferais. Parce que dans le métro et tout quand même, en vrai c’est galère.

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Comment imagines-tu l’avenir de la mode ? 

J’espère que ça va bouger. II y a plein de choses qui sont en train de se mettre en place mais je pense vraiment qu’on va aller vers quelque chose de plus responsable au niveau des fabrications et qu’on va moins consommer comme des porcs.

Si tu regardes à la télé, les voitures, les supermarchés, tout le monde joue là-dessus, c’est sûr.

Il y a aussi le streetwear qui prend le dessus sur le luxe, et ça c’est quand même un truc de ouf. Les mouvements de la rue, ça a toujours fait kiffé les gens même si parfois, je trouve ça un peu ironique. On utilise l’image de quelqu’un de street pour vendre un produit qui ne l’est pas vraiment, pour une marque qui n’a pas cette image et pour le vendre à des gens qui n’ont pas ce style là non plus… C’est un peu chiant, parce que ça perd tout son sens.

Et puis c’est grave ironique d’utiliser l’image de ces gens qui, pour le coup, ont un vrai style, sociologiquement, tout ça parce que c’est ce que les gens veulent voir mais au final, ce ne sont pas eux qui vont consommer.

Mais des fois c’est trop bien fait. Genre quand Gucci a fait une collab’ avec Dapper Dan. C’est un mec à New-York qui dans les années 70-80, reprenait des pièces de luxe genre les monogrammes Vuitton ou Gucci et il les recoupait pour faire d’autres vêtements avec, comme des bombers, du street quoi. Tout le monde allait voir ce gars, les rappeurs avaient tous des trucs de lui et j’ai trouvé ça trop bien que Gucci fasse une collab avec lui. Ça a donné une campagne hyper street, c’était bien utilisé, intelligent. Mais ça ne l’est pas toujours. Tous les gogoles de Off-White là, par contre, je ne suis pas trop d’accord.

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Enfin, penses-tu que l’habit fait le moine ? 

On a un pote qui a des dreads, des tattoos partout sur le visage et il nous parlait de quand il allait chercher sa fille à l’école ou quand il va au réunion parents-profs. Il nous disait que ce n’était vraiment pas facile. Il est différent des autres parents, donc les gens ont des aprioris mais ce n’est pas forcément vrai. Il s’exprime juste en portant des trucs qui correspondent à sa personnalité.

Comme je dis, même si la meuf porte des UGG, elle peut quand même être intéressante, finalement. Donc il faut faire attention, ne pas être trop catégorique quoi. Tu pourras conclure en disant : « Laura dit à toutes les filles qui portent des UGG qu’elle peut quand même bien les aimer ».

 

Tu peux retrouver Laura sur Instagram ICI et sur le shop de sa marque Laura Lebouteiller ICI.

Et si toi aussi, tu veux participer à ma chronique « La Mode & Toi », envoie-moi un mail à lestylejeje@gmail.com.

 

Tendrement,

xx

Jeje

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