LA MODE ET TOI – Gaëlle Simon : « Un jour, quelqu’un m’a dit : Tu devrais porter des couleurs, parce que porter des couleurs apporte de la joie. »

Dans ma chronique « La mode & toi », je m’incruste dans le dressing (et sur le canapé) des gens pour qu’ils me racontent la relation qu’ils entretiennent avec leurs fringues.

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Aujourd’hui, je m’invite chez Gaëlle, photographe et amoureuse de la vie, des chaussettes fantaisies et des vieux films des années 60, pour parler du pouvoir des couleurs et de son ancienne passion pour les magazines people, sans oublier de s’interroger sur l’art de la mode, de la photographie et de l’acceptation de soi.

 Rencontre.

Peux-tu commencer par te présenter rapidement ?

Je m’appelle Gaëlle, j’ai 25 ans, je suis photographe. Photographe de quoi ? Je ne peux pas trop le dire parce que je fais de la mode mais j’aime bien aussi prendre des photos de rue, des gens, des scènes de vie, des portraits… Beaucoup de portraits. Je suis aussi graphiste et je fais des vidéos. J’aimerais en faire plus mais je n’ai pas tout le matériel alors on va dire que je fabrique des vidéos. Et j’ai une expo qui arrive en mars.

Comment définirais-tu ta relation avec les fringues ? 

C’est compliqué. Je ne vais trop suivre les trucs qui se font. Je suivais beaucoup quand j’étais plus jeune mais maintenant, c’est plus une sorte de feeling. Je vais marcher et je vais voir quelque chose sur une personne, dans une boutique ou sur Instagram – qui nous influence beaucoup – et ça va se faire à l’instinct. Ce qui traduit vachement mon état d’esprit, c’est un truc de dingue !

Il y a deux ou trois ans, j’étais beaucoup plus triste que maintenant et je m’habillais tout le temps en sombre ; j’ai réalisé ça il y a quelques mois quand quelqu’un m’a dit « Il faudrait que tu t’habilles avec des couleurs, parce que porter des couleurs apporte de la joie. » Je ne l’avais pas forcément remarqué mais maintenant, je ne porte presque plus que des couleurs. J’ai une veste jaune – je voulais absolument une veste jaune – et j’adore. Je ne le fais pas forcément exprès, c’est juste instinctif. Et à l’inverse, quand je n’ai pas envie, je vais mettre un jean, un tee-shirt et des chaussettes fantaisies.

Quelle shoppeuse es-tu ?  

Passionnelle. Là, ça fait longtemps que je n’ai rien acheté. Mais par exemple, je vais aller sur ASOS et si je vois écrit « Livraison gratuite à partir de 100€ » alors là, je prends tout. Quand j’ai envie d’acheter un truc, je pense à tout ce que j’ai envie de mettre avec et là, c’est fini quoi. Ce sont des achats passionnels. Qui n’ont rien à voir avec la marque, d’ailleurs. Par exemple, je voulais un manteau jaune et un manteau doux ; j’ai trouvé les deux en un, mais je n’ai pas fait attention à la marque.

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C’est une robe que j’aime bien car elle a un truc assez « fripe » alors que je l’ai achetée chez Mango.
Je voulais une veste jaune et doudou, j’en ai trouvé une chez New Look alors j’ai demandé à ma sœur d’aller me l’acheter, en Angleterre. C’est une tenue que j’ai choisi un jour où je devais bien m’habiller. Je voulais absolument mettre cette robe mais je ne savais pas comment la porter en hiver ; j’étais un peu dans la pénombre et j’ai enfilé ces chaussettes avec ces chaussures et finalement, j’avais trouvé ça trop bien. Pour une fois que j’arrivais à mettre un manteau avec une robe longue ; je pensais que c’était impossible.

Est-ce que tu suis les défilés / la Fashion Week ?

Pas trop. Quand j’étais adolescente, ma mère achetait Voici, je regardais les inspirations défilés et je me disais « Ah, donc c’est comme ça qu’il faut s’habiller. » ; et je suivais vachement.

Mais maintenant pas trop. Je sens que c’est le début de m’intéresser à ça en tant qu’art et création artistique, vraiment. Parce que les défilés, je voyais ça jusqu’alors comme quelque chose pour s’habiller dans la vie de tous les jours, mais ça n’a rien à voir. Donc je ne vais pas suivre les tendances des défilés pour m’habiller mais ça peut m’arriver de regarder ça juste comme une œuvre d’art. Comme la création d’un artiste.

Pour toi, la mode est-elle un art au même titre que la photographie ?

Ça ne fait pas longtemps que je pense la mode comme un art. Parce qu’avant je pensais que les défilés de mode, c’était vraiment pour te dire ce que tu allais porter dans la rue.

Par exemple, je pouvais confondre Mango avec une grande marque comme Kenzo. Alors que Kenzo fait des défilés hyper créatifs et Mango, c’est juste du prêt-à-porter facile d’accès.

Bref je pensais que les grands défilés de Haute Couture, c’était ce qu’on allait porter. Je ne pensais pas du tout que c’était une inspiration. Et maintenant, je me dis vraiment que c’est un art. C’est l’univers d’un créateur qui joue avec les matières comme en photographie on joue avec les lumières. Donc oui, ça peut être un art. Je le vois en travaillant au théâtre ; quand j’entends les costumières parler des tissus et tout, je me rends compte que c’est vraiment quelque chose de créatif.

De toute façon, pour moi, dès qu’on s’exprime à travers quelque chose, ça devient de l’art. C’est un art. La mode est un art, mais il y a des niveaux ; de la même façon qu’il y a la photographie de famille, la photographie du souvenir et celle qu’on expose. Là, c’est pareil. Il y a les vêtements que l’on porte et ceux qui défilent. Le défilé, c’est l’exposition.

Quel est ton point de vue sur la photographie de mode ?

Ce que j’aime bien dans l’art, c’est que tu peux adorer un univers même si ce n’est pas le tien. C’est ce qui est intéressant dans la photographie de mode ; tu peux fabriquer plein de styles différents avec un même vêtement.

Il y a cette photographe que j’adore trop, Charlotte Abramow. Je la suis depuis que j’ai 13 ans. Je me ressens dans son feeling, sa sensibilité. Elle a une sensibilité commune à la mienne mais elle l’exprime de façon totalement différente. Elle arrive à photographier la mode d’une manière très artistique et différente.

Je trouve ça très intéressant dans l’art de la photographie et de la mode, parce que c’est infini. Et c’est ça qui peut être beau en fonction d’un photographe et d’un créateur, tout peut être différent à chaque fois. Il y a un champ de possibilité infini.

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Une actu mode qui t’a marqué dernièrement ?

La gavroche ! Ça me marque parce que la dernière fois que c’était à la mode, j’étais en CM1 et j’en avais une parce que Jenifer (la chanteuse ; ndlr) en avait une. Je voulais trop la même ! Du coup dans ma tête c’est resté en 2002 et je n’arrive pas à comprendre… Ça me met mal à l’aise. Comme les mitaines en résilles. C’est très étrange.

Comment définirais-tu ton rapport aux tendances ?

C’est comme s’il y avait deux paliers.

La tendance dans le sens « ce qui est à la mode » ; que je vais juste suivre s’il y a quelque chose qui me plait. Je ne vais rien mettre justeparce que c’est à la mode ou tendance, je ne me pose même pas la question. Mais j’ai quand même l’impression que notre regard change naturellement avec les tendances. Genre le manteau doudou, j’adore, mais un jour ce ne sera plus à la mode et je n’aurais plus envie de le mettre. Pas parce que ce ne sera plus à la mode mais parce qu’il y aura un truc qui ne sera plus du tout actuel, donc je vais laisser tomber.

Puis il y a une autre manière de penser la tendance. Du style « c’est la tendance alors tout le monde doit la suivre pour avoir une identité ». LA tendance comme si c’était une règle. Et ce truc-là peut être un peu dérangeant. Se dire qu’on va acheter un truc parce que c’est tendance et pas forcément parce que ça nous plait, je ne suis pas trop d’accord avec ça.

Mais si ça reste une inspiration, que le choix est libre ; tant qu’on ne se sent pas contraint par la tendance alors je trouve ça bien parce que c’est inspirant.

Quelles sont les marques ou les créateurs que tu préfères ?

J’adore trop Make My Lemonade. Il y a vraiment un univers que j’adore. C’est un tout : ses habits, ses photos, son compte Instagram… Il y a quelque chose de très généreux et de super créatif de façon générale. Je préfère d’ailleurs les petites aux grandes marques ; un truc où on sent vraiment que c’est fait avec le cœur, que c’est fabriqué, que la personne a mis la main à la patte, on ressent son univers ; c’est ça que j’adore.

As-tu des muses fashion ?

Quand j’étais petite, c’était les magazines people qui m’inspiraient. Parce que je pensais que c’était LE truc.

Maintenant c’est plutôt Instagram ou Pinterest.

Mais comme je suis photographe, il y a un truc qui fait que je vais toujours m’habiller inconsciemment comme si j’allais être dans une photographie. J’adore les photos de vie, surtout les vieilles photos des années 60 donc quand je réfléchis à ma tenue, je vais instinctivement vers des pièces de caractère, qui pourraient être harmonieuses sur une photo.

Je suis souvent dans la recherche d’harmonie, de charme. Pour moi, photographie et mode sont très liées, notamment dans la notion d’image. Mais pas image dans le sens « je veux donner une certaine image de moi pour qu’on m’aime » ; plutôt dans la beauté de l’image, de toucher les gens visuellement.

Donc je ne vais pas avoir de muse forcément, je vais plutôt être inspirée par un style, un univers. Les vieux films m’inspirent beaucoup par exemple, comme Mary Poppins.

Ce sont des inspirations très cinématographiques, plus que mode.

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Tes sources d’inspiration mode sont-elles les mêmes que tes sources d’inspiration photographique ?

Ce n’est pas la photographie de mode qui va m’influencer. Sauf Wear Lemonade. Parce que même sa photographe a un style génial dans lequel je me reconnais photographiquement. Je me reconnais aussi bien dans le style vestimentaire que dans la photographie. Même si je suis beaucoup moins pointue qu’elle, elle a vraiment un univers super vintage et moderne à la fois. C’est épuré et super pop, du coup l’univers m’influence beaucoup.

Après, comme je suis très inspirée par les photographes des années 60, oui, ça peut être une inspiration niveau mode. Mais je ne vais pas me dire « Je veux cette tenue. », comme quelqu’un qui regarderait une photographie de mode pourrait se dire qu’il veut cette tenue de cette marque. C’est plus l’inspiration qui se dégage de l’univers.

Quelle est la pire période stylistique que tu as traversé ?

Ce n’est pas l’adolescence, parce que même si quand j’étais au collège c’était la période emo et tecktonik, je n’ai pas du tout été là-dedans puisqu’à l’époque, pour moi, c’était « magazine people ». Si Voici disait « la mode c’est les shorts en jean avec des collants », je mettais ça. Je suivais. Je voulais être à la mode.

Le pire, c’était le primaire parce que je n’en avais rien à faire, je ne voulais mettre quece que j’aimais. C’est-à-dire que si je voyais un tee-shirt avec Simba dessus, je portais ça. Ou Pokémon. Ma mère vivait un cauchemar parce que ce n’était pas du tout des trucs de petites filles ! J’avais Snoopy, des tee-shirts rouges avec des shorts jaunes… C’était le pire parce qu’il n’y avait aucun effort. Quand je vois des photos de moi petite entre 6 et 10 ans, c’est ridicule ! Je suis mal coiffée, je n’en ai rien à faire mais juste parce que j’ai Pikachu sur mon tee-shirt je suis trop contente quoi.

Et la meilleure ?

Je pense que tout le monde dit maintenant, parce qu’on s’assume. On est mieux dans notre peau donc on dira toujours maintenant. Mais je le pense vraiment, parce que je ne suis plus totalement sombre dans mes habits ; maintenant, il y a plein de couleurs. J’essaie de rester harmonieuse, ça peut quand même être difficile, mais je trouve que c’est beaucoup plus divers. Il y a plein de styles différents. Enfin non, il y a UN style avec plein de choix différents. J’essaie d’avoir un style qui soit plus mature, tout en étant pop.

Est-ce que la mode t’a aidé (ou pas) à t’accepter et à t’affirmer ?

Les habits, oui. Pas forcément le fait de suivre la mode mais m’habiller, c’est vraiment un truc que j’adore. Plus que le maquillage par exemple. Parce que je ne suis pas du tout une fille axée produits de beauté ; le rouge à lèvre j’en mets seulement depuis un an. Mais dans le vêtement, il y a un truc d’expression de soi. C’est une manière de prendre soin de soi, de se donner de l’estime. C’est aussi se respecter, un peu.Parce que si on ne fait pas attention à soi ni à comment on s’habille – bon certains s’en fichent – mais on passe à côté d’une créativité, d’un plaisir ; c’est vraiment quelque chose qui enchante le quotidien de réfléchir à comment on va associer nos vêtements.C’est quelque chose de très créatif, au même titre que dessiner ou ce genre de chose. Ça m’a aidé à m’exprimer même si j’ai toujours eu du mal, par rapport à ma morphologie, à trouver les bons trucs. Mais ça me fait du bien parce que c’est une manière d’exprimer qui je suis. Comme je suis très timide et que je ne parle pas trop, ça m’aide à travers l’image quoi.

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Quelles sont TES règles pour un look réussi ?

Faire quelque chose de cohérent. Pas trop de mélanges qui n’ont rien à voir. Je ne vais pas me dire qu’il faut assortir mes chaussures avec mon sac, c’est une règle beaucoup plus floue que ça ; mais ne pas aller trop dans le n’importe quoi, rester cohérent.

Y a-t-il une pièce que tu t’interdis depuis toujours ? 

Les mitaines résilles, ouais. Et les pantacourts mi-mollet. Vraiment, c’est disgracieux ; il y a un truc instinctif ou ce n’est pas possible. Le mi-mollet quoi !

La pièce que tu rêves de t’offrir un jour ? 

Me faire faire un truc sur mesure. Parce que c’est difficile pour moi de trouver un truc qui me va bien, au niveau du ventre et de la poitrine ; j’aimerais vraiment une robe taillée sur moi.

Ton obsession mode du moment ?  

 C’est bizarre, mais les chaussettes. J’en ai beaucoup. J’ai des motifs tortues, des renards, des pizzas… Les chaussettes, j’adore ça depuis deux-trois ans, quand j’ai découvert les chaussettes fantaisies.

Quels moments de ta vie ont le plus marqué l’évolution de ton style ?

Le collège. Je suis sortie de ce truc du primaire où je faisais n’importe quoi pour faire plus attention à ce que je mettais, à mon style.

Pareil, au lycée il y a une continuité sur ça, il faut mettre ce qui est un peu à la mode. Mais j’étais ce genre de personne qui devait absolument porter ce que les gens n’avaient pas encore mis. Par exemple, la première fois que les spartiates sont sorties je les ai mises, puis quand tout le monde en a eu j’ai arrêté de les mettre ; j’étais un peu super snob comme ça.

Puis depuis que j’ai quitté la fac, quand j’ai arrêté de porter du sombre. Depuis, je trouve qu’il y a quelque chose de beaucoup plus pointu dans mon style ; un motif qui me plait ou une coupe que j’aime bien. Je fais beaucoup plus attention aux pièces. Avant, je portais ce qui était à la mode et maintenant, c’est vraiment ce qui me fait plaisir, pour moi avant tout ! Ce qui compte c’est que je me sente bien dedans et que ça me plaise.

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Je porte un jean taille haute et sur mon tee-shirt, c’est une carte du tarot. C’est le soleil, une carte que j’adore. C’est une copine qui me l’a offert parce qu’elle sait que j’aime bien toutes les significations qui vont avec.
Les chaussettes avec les cœurs et les pizzas… je les ai eus à Londres ; j’avais acheté plein de chaussettes rigolotes comme ça. Pour l’histoire drôle, j’ai un collègue qui aime bien appeler les gens par des emojis donc je lui avais dit de mettre la pizza et le cœur, pour moi. Puis quand j’ai trouvé ces chaussettes, je lui ai envoyé un message mais comme j’étais en Angleterre, la photo des chaussettes ne s’est jamais envoyé. Du coup, il a juste reçu « j’ai acheté des nouvelles chaussettes »… Il m’avait répondu un truc du genre « Ah, toi, tu sais séduire les hommes ». C’était très drôle.
Mes chaussures ajoutent un truc un peu différent à un look assez simple. Et le gilet était à ma grand-mère quand elle était jeune ; tous les boutons ont sauté mais j’aime bien sa coupe.

Y a-t-il un lien entre l’évolution de ton style vestimentaire et l’évolution de ton style photographique ?

Je pense, oui. Aujourd’hui, ma manière de m’habiller et de photographier sont beaucoup plus matures.

Dans le sens où avant, quand j’étais plus jeune, il y avait toujours un truc pour être dans la tendance. Je me rappelle au début, quand j’ai commencé, ça se passait sur les pages Facebook. Il y avait des grosses tendances comme faire des photos avec plein de ballons ou avec des grosses plumes dans les cheveux. Je n’ai pas forcément fait ça, mais il y avait quand même une sorte d’inspiration où je réfléchissais à comment l’autre allait regarder mes photos. À comment l’autre allait regarder comment je m’habille. Ce truc a évolué. Ma photographie a évolué avec mon style dans le sens ou maintenant, je m’assume davantage et c’est vraiment moi. C’était moi avant aussi, mais c’était moi qui voulait plaire aux autres.

Selon toi, quelle est la différence entre le style et la mode ?

Le style c’est personnel, alors que la mode c’est quelque chose d’universelle. La mode c’est quand on dit, par exemple, « En 2019, la mode c’est ÇA ». C’est la tendance, ce qu’il faut suivre. C’est une règle ou une inspiration. Quelque chose qui représente la société, la période à laquelle on est. Alors que le style, c’est l’appropriation. Ce qu’on fait de la mode. Qui on est. C’est beaucoup plus créatif, ça fait partie de soi. C’est une manière d’exprimer qui on est, physiquement quoi. En l’extériorisant.

Est-ce que ton métier influence ton style ?

Comme je n’ai pas une tenue particulière à mettre pour travailler, ça ne va pas influencer ma manière de m’habiller car je n’ai pas de contrainte là-dessus. Bon, sauf quand j’ai un shooting, bien sûr, je vais mettre un jean et des chaussures plates quoi. Par contre, ma passion de photographe et ma passion pour l’image m’inspirent beaucoup. J’aime beaucoup les vieux films comme Mary Poppins ou West Side Story, ce sont plutôt ces univers photographiques et cinématographiques qui influencent mon style. Plus que le métier de photographe, même s’il est super créatif.

Je m’habille comme j’aimerais être sur une photo. Pas forcément pour qu’on me photographie, mais parce que c’est la suite de mon univers. Mes photos et ma façon de m’habiller ne sont pas trop dissociables. Les deux sont totalement moi quoi. Comme si j’englobais tout ça.

Comment définirais-tu ton univers stylistique en comparaison à ton univers photographique ?

J’ai l’impression que c’est le même puisque c’est moi, de toute façon. Mais quand je regarde mes photos de rue, là, j’ai envie de dire qu’ils sont complémentaires, parce que c’est différent.

Mes photos peuvent être très nostalgiques alors que je suis souvent habillée d’humeur très joyeuse. Mais dans mon style vintage et dans cette nostalgie, il y a l’idée d’une inspiration d’avant.

Mes photos, ce sont un peu ce que la vie m’offre. Mais ce n’est pas moi qui vais créer le lieu alors que le style, ça va plus être ma création.

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Sur ton site, on peut lire au sujet de ton travail de création d’images que « Tout est bricolage, adaptabilité et spontanéité » ; est-ce aussi ton mantra lorsqu’il s’agit de t’habiller ?

J’aimerais bien mais je ne sais pas coudre. Je ne sais même pas recoudre un bouton ! Il faut vraiment que j’apprenne ça !

Donc oui et non. J’essaye toujours de fabriquer un style avec ce que je trouve à droite à gauche, donc il y a un peu ce truc de spontanéité quand je vais dénicher un vêtement. Mais je ne sais pas en fabriquer.

Par contre, le choix de mon look est totalement instinctif, en effet. Si un jour j’ai envie d’aller au bureau en talons et en robe et le lendemain en baskets, il n’y a aucun sens mais c’est juste que parfois, s’il y a une occasion particulière, j’aurais envie de m’habiller un peu plus. Mais en fait, il y a plein de fois où j’ai envie de m’habiller un peu plus, juste comme ça. Donc ouais, c’est vraiment spontané. À fond.

A ton avis, que dit ton style vestimentaire sur ta personnalité ? 

Je ne fais pas trop attention, mais je pense que ça dit que je suis un peu une originale. Je porte des motifs assez francs comme des gros pois ou des rayures et comme il y a beaucoup de gens qui s’habillent très simplement, on pourrait se dire que je suis un peu originale et que j’ai mon style particulier.

Ce que j’espère, c’est que ma créativité se retrouve dans mon style.

Y a-t-il un style vestimentaire sur lequel tu fantasmes mais qui n’est pas le tien et qui ne le sera probablement jamais ?

A fond. Des fois, j’aimerais ne pas avoir mon corps parce qu’il est fait pour mettre des robes pulpeuses, alors que j’aimerais mettre des trucs loose sans avoir l’air d’un sac à patate quoi. C’est vraiment LE truc. J’aimerais pouvoir mettre une chemise à l’arrache, les cheveux en désordre et que ça fasse trop cool. Parfois c’est difficile parce qu’il y a des choses que je trouve trop belles mais avec ma poitrine et tout, ça exagère trop le truc. Les bustiers par exemple, quand c’était à la mode, c’était vraiment super frustrant. Les crop-tops, c’est mort. Les rayures horizontales, j’évite. Les cols roulés, j’aime trop mais je ne peux pas. Les cols en V, ça fait too much. Tous ces trucs-là, à cause de ma poitrine surtout, je ne peux pas les porter. En plus, comme je suis plutôt discrète, je trouve que c’est trop. Je ne peux pas avoir une totale liberté.

C’est important pour toi de respecter sa morphologie ?

Oui, je vais plutôt avoir tendance à la respecter. Bon, parfois je me dis que je m’en fiche mais quand même, je me limite vachement par rapport à ça. Ce n’est pas grave, j’essaie d’avoir la folie et la créativité ailleurs. Mais c’est compliqué, parce que j’ai une morphologie assez prononcée. Ce n’est pas une morphologie banale, surtout pour les jeunes femmes, donc je suis plus limitée. Et j’admire les filles qui sont rondes et qui arrivent à tout porter quoi. Ces filles rondes qui ont un style vraiment particulier et osent des choses super folles – je pense à la chanteuse Yseult par exemple, qui a un style vachement fou – j’admire totalement, car moi je n’y arrive pas.

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As-tu souffert d’être frustrée par ta morphologie et comment dépasse-t-on ce rapport au corps un peu complexe ?  

Ouais, à fond. Trop ! Parce qu’il y a tellement de choses que je voulais porter et j’avais honte quoi. Je suis super discrète et timide et j’ai un corps de séductrice. Je ne suis pas à l’aise avec ça parce que ce n’est pas moi. Ça m’a énormément frustrée. Je me cachais ou dès que je mettais un truc un peu moulant ou quoi, j’étais trop mal. Il suffisait que quelqu’un me fasse une remarque parce que ma robe était moulante ou qu’on voyait trop ma poitrine et j’étais hyper mal à l’aise. J’en ai vachement souffert parce que je voulais bien m’habiller mais dans le sens stylé, pas dans le sens séductrice.

Aujourd’hui, j’essaie de dépasser ce rapport à ma morphologie. Ça se fait avec le temps. C’est quand on arrête de penser à ça, qu’on vit avec l’âme, le cœur et la passion qu’on finit par se dire j’ai envie de le porter et tant pis. Comme cette robe que je porte, quand je l’ai essayé je la trouvais trop décolletée mais je l’aime tellement parce qu’elle est longue et je suis tellement contente de réussir à porter une robe longue que ce n’est plus grave, je m’en fiche. Ça se fait petit à petit et c’est en ce sens que la mode et le style m’ont aidé à me sentir mieux. Il faut juste arrêter de penser aux autres, arrêter de vivre dans sa tête et vivre avec la passion, l’envie et le cœur. C’est là que ça change. C’est comme ça qu’on commence à s’assumer.

Justement, quelle est ton attitude vestimentaire vis-à-vis du regard des autres ?

Je m’habille moins pour ce que les autres vont penser de moi qu’avant, et plus pour ce qui me fait plaisir.

Mais un truc qui me fait bizarre, ce sont les entretiens d’embauche. Quand il faut être habillée strictement en blanc ou en noir, je me dis non mais n’importe quoi ! Tu t’habilles comme tu veux quoi ! Un minimum soft ok, mais pour moi, être tout en noir, c’est juste cacher qui on est. Donc non.

Pour ce qui est du regard des autres, il va parfois me mettre mal à l’aise, parce que j’ai toujours quelques complexes physiques donc je vais essayer de ne pas porter de truc qui les mettent en valeur, mais ça s’arrête là. Je suis moins frustrée par la peur. Je n’ai plus peur de mettre quelque chose que j’adore juste parce que les autres vont peut-être me juger.

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L’été 2017, un peu sur un coup de tête, j’ai fait un tour de France photographique. J’ai pris mon sac à dos et chaque journée, j’allais dans une ville différente pour prendre des gens en photo. Je prenais des AirBnB deux jours à l’avance et à Toulouse, la fille qui avait mon appart fabriquait des bijoux. Elle m’a demandé si je pouvais lui faire une seule photo en échange d’une paire de boucles d’oreilles qu’elle avait fabriqué. Ça s’appelle Lisa Mia Jewels.
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Perla, j’adore. C’est très simple, ça parle de la vie. C’est un livre de conseils de vie d’une femme de 73 ans à des jeunes femmes. Ce sont les filles de My Little Paris qui lui ont donné envie d’écrire ça. Il y a plein de thèmes comme le voyage, le couple, l’échec, le rire, l’argent… Elle était directrice de Psychologie Magazine pendant longtemps, elle fait partie d’une famille assez connue dans le monde de la presse mais maintenant, elle fait beaucoup de cuisine. Justement dans le livre, elle parle de sa rencontre avec son mari, qui est très célèbre dans la presse. Ça m’a beaucoup inspiré pour mon prochain projet, celui sur la rencontre des couples. C’est la philosophie de la vie quoi ; je l’offre à beaucoup de gens.
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J’ai lu beaucoup de livres de Frédéric Lenoir dont « L’Âme du monde », qui parle de toutes les religions et philosophies de la vie. Et il y en a un autre, « Petit traité de vie intérieure », qui est inspiré de plein de philosophes. Et quand il parle de Montaigne, ça m’a beaucoup inspiré. Je ne connais pas toute sa vie mais il a perdu 4 de ses 5 enfants, son meilleur ami qui était comme son âme sœur est mort… Il s’est retrouvé énormément seul mais il a une sagesse de vie super positive et très inspirante donc voilà, j’ai acheté ce petit truc-là. Bon, c’est très compliqué à lire parce que ça date du 16èmesiècle mais ça m’inspire beaucoup.

Et face aux regards des hommes ?

Je ne vais pas m’habiller pour plaire aux hommes mais mes tenues ne vont pas non plus à l’encontre de la séduction. Je suis assez féminine. Mais parfois, les décolletés me mettent mal à l’aise. Même quand je vois des filles avec des trop grands décolletés, je me dis que ça peut parfois être un peu gênant. Mais je pense que ça me gêne seulement parce que c’est quelque chose que je n’assume pas chez moi.

Sinon, quand des mecs viennent me faire chier, j’ai l’impression que ça n’a pas grand-chose à voir avec comment je suis habillée. Parfois, je suis habillée absolument n’importe comment et on vient me faire chier quand même. Ça dépend surtout de sur qui tu tombes dans la rue, en fait. Même s’il y a quelque chose dans le regard des hommes qui peut faire peur quand on est une fille ou une femme. Parfois je ne m’habille pas pour séduire mais pour qu’on me laisse tranquille, justement.C’est très frustrant. J’aimerais porter des trucs et maintenant que ce n’est plus par peur du jugement que je me l’interdis, c’est pour ne pas paraître trop plantureuse ou séductrice. Parce que ce n’est pas ce que je veux ni ce que j’ai envie de dégager. Je n’en suis pas encore à cette acceptation. Il faut un équilibre intérieur, être bien dans sa peau et savoir dire non pour s’habiller et se laisser aller comme on veut.

Dans le dressing de qui vas-tu le plus souvent piquer des pièces ?

Ma sœur. Surtout les chaussures. On a un peu la même taille et puis c’est la facilité aussi.

Comment imagines-tu l’avenir de la mode ? 

Aujourd’hui, on a l’impression que tout a déjà été fait. L’image est tellement présente qu’on a des preuves de tout ce qui s’est fait avant. Avec les réseaux sociaux, l’image est encore plus facile d’accès donc forcément, bien s’habiller et soigner son image, ça va continuer d’être très important.

Mais peut-être que l’avenir pour les créateurs va être plus difficile. Parce que d’un côté, il y a une tendance à la surconsommation donc plein de nouvelles choses vont se créer. Mais en même temps, comme il y a une grande offre mais de mauvaise qualité, ça va donner naissance à des trucs plus précis avec des univers très forts.

Comme dans la vie, plus c’est dur plus on a envie de faire les choses bien. Plus il y aura des gens qui feront des trucs de mode un peu n’importe comment et plus il va y avoir des trucs écoresponsables, de qualité ou avec une éthique intéressante qui vont se créer. Il va y avoir à la fois des trucs très bas de gamme et massmarket et en même temps beaucoup plus de trucs écoresponsables et d’idées créatives très fortes ; c’est le côté positif. Comme dans l’alimentation, je pense qu’il va y avoir dans la mode beaucoup de solution super originale, belle et créative et que l’évolution de la mode va aller vers quelque chose de plus humain.

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Personnellement, je n’ai pas trop les moyens de me tourner vers ce genre de solution donc c’est un peu promouvoir quelque chose que je ne peux pas suivre. Mais je trouve ça super intéressant. Le fait que des gens qui ne sont ni des grosses têtes ni des grosses entreprises puissent créer de jolies choses ; c’est ça que je trouve très beau.

Ça montre que la contrainte et le mal-être dans lesquels on peut se trouver, par rapport à la planète notamment, font ressortir le bien et de belles initiatives. Ce n’est pas forcément l’idée d’écoresponsabilité, mais plutôt l’idée de faire soi-même et la créativité humaine qui en découle. On sait que si on veut être avec des gens ultra-créatifs, qui font des vêtements ou quoi, ce n’est pas obligé d’être des grandes marques ; ça peut être n’importe qui autour de nous. Je trouve ça génial.

Enfin, penses-tu que l’habit fait le moine ? 

Non, pas trop. D’un côté si, parce que les gens à l’aise avec eux-mêmes vont s’habiller de façon à montrer qui ils sont. Mais parfois, certains s’habillent n’importe comment et pourtant ce sont des personnes très folles ; mais d’une autre manière.

Ce n’est pas parce que tu portes un habit totalement déjanté que tu es une personne déjantée et ce n’est pas forcément parce que tu es habillée de la plus simple des façons que tu n’as pas une folie en toi. C’est en ce sens que l’habit ne fait pas forcément le moine. Après, c’est sûr, il y a des gens pour qui ça fait forcément le moine… Mais quand même, je ne pense pas. Ça peut traduire un peu, mais pas toute une personne.

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C’est une robe Monoprix. J’aime bien la qualité.
Et j’adore associer ces couleurs ; le blanc, le bleu et le rouge. Ça fait très français mais il y a aussi un truc un peu vintage. Et puis j’adore les gros pois. C’est vintage et moderne en même temps. Ces chaussures, je les appelle les chaussures nuage, à cause du feston. PS : j’adore les photos à vélo, j’en prends tout le temps.

Tu peux retrouver Gaëlle sur Instagram ICI et sur son site Internet ICI.

Et si toi aussi, tu veux participer à ma chronique « La Mode et Toi », envoie-moi un mail à lestylejeje@gmail.com.

Tendrement,

xx

Jeje

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