LA MODE ET TOI – ALEXANDRE : « La vie est beaucoup trop courte pour se priver de la façon dont on a envie de s’habiller »

Dans ma chronique « La mode et toi », je m’incruste dans le dressing (et sur le canapé) des gens pour qu’ils me racontent la relation qu’ils entretiennent avec leurs fringues.

1ALEXANDRECOVER

Aujourd’hui, je m’invite chez Alexandre, blogueur pour Le Blog d’Alex et stylistiquement légèrement bipolaire (c’est lui qui l’a dit !) pour parler du bouleversement de la mode masculine, de la non-révolution de la mode actuelle, du style cannois et de la vie d’influenceur (entre autres débats passionnants).

 Rencontre.

Peux-tu commencer par te présenter rapidement ?

Je suis Alexandre, j’ai 22 ans, je suis originaire de Cannes. J’ai passé les quatre dernières années à Paris. À la base, j’étais parti pour faire un Master stylisme et modélisme à la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne mais j’ai arrêté au bout d’un an car je bossais en assistant styliste pour une des premières blogueuses françaises, Kenza. Deux mois après avoir arrêté, j’ai aussi été contacté par M6 pour être consultant digital dans le Web, dans la catégorie mode. J’ai travaillé pour eux en freelance pendant 9 mois et j’ai continué mon blog. Depuis, je ne fais que ça.

Comment définirais-tu ta relation avec les fringues ? 

Bipolaire. C’est un peu une histoire entre l’amour et la haine. J’ai toujours aimé m’habiller, avoir des looks différents, essayer de nouvelles choses.

Quand je suis arrivé en Master, la première chose qu’on nous a apprise à la Chambre Syndicale, c’est que la mode n’a pas de sexe. J’ai toujours eu tendance à aller voir chez la femme comme chez l’enfant ou chez l’homme pour trouver la pièce qui m’irait le mieux, sans avoir d’apriori.

C’est vraiment une relation passionnelle. Je peux essayer un look le soir, l’adorer et le lendemain matin, finalement, je vais péter un câble et ça n’ira plus du tout. Et je vais me changer trois fois avant de partir. Mais j’adore ! J’adore essayer de nouvelles choses, j’adore regarder les nouvelles tendances, comment je vais pouvoir me les approprier, est-ce qu’il y a des trucs que les gens n’ont pas encore osé faire et que je vais pouvoir « lancer ». Ma relation avec les fringues, c’est les montagnes russes.

Quelle shoppeur es-tu ?  

J’ai beaucoup changé ces dernières années.

Avant de partir à Paris, j’étais un très gros acheteur. J’achetais ÉNORMÉMENT. Puis au fur et à mesure, avec le blog, j’ai commencé à recevoir beaucoup de produits. J’en ai reçu de plus en plus donc j’achetais moins, automatiquement.

Et maintenant, mon rapport avec le shopping, c’est plus un roulement. Avant, j’achetais et je cumulais. Maintenant je vais acheter, mais je sais que je ne vais porter les pièces que pendant un certain temps – un ou deux mois– donc je vais les revendre. C’est un renouveau constant. Ce n’est plus de l’achat compulsif et en masse, c’est plus stratégique.

2ALEX
C’est un trench de la collection Zara Studio, qui est en gros la collection Premium de chez Zara. Je bossais en merch’ sur les Champs-Elysées et entre les soldes et ce qu’on appelle « la carte de crédit perso », je l’ai eu à 40 euros au lieu de 215.
C’est un peu la pièce fétiche de mon dressing, ce trench est juste magnifique. J’adore les détails, la coupe oversize.

Comment définirais-tu ton rapport aux tendances ?

Sans mauvais jeu de mots, j’ai tendance à suivre les tendances. J’aime surtout essayer d’innover.

J’aime bien regarder ce que font les gens à l’étranger, parce que je trouve qu’il y a souvent une approche différente de la mode et du style. Donc j’essaie de m’inspirer de ce qui se fait ailleurs dans le monde. J’aime bien aussi regarder en arrière, ce que je portais il y a trois ans. Me demander comment je pourrais le réadapter aujourd’hui ; parce qu’on se rend vite compte que la mode et les tendances ne sont qu’un éternel recommencement.

Il y a des tendances, comme mettre un jogging en ville, que je vais essayer de m’approprier parce que j’aime bien l’idée. Ce sont plus des tendances qui viennent de la rue que de l’industrie de la mode ; je ne vais pas m’inspirer de ce que dictent les maisons de mode.

Est-ce que tu suis les défilés / la Fashion Week ?

 J’adore regarder. Mais étrangement, je ne m’y appuis pas pour mon style ; c’est plus pour le plaisir de voir les nouveautés.

Et je trouve qu’il y a de moins en moins de tendance marquée dans les défilés. Tout se ressemble de plus en plus, c’est beaucoup plus plat qu’il y a quelques années où il y avait vraiment des choses qui ressortaient. Là, on voit que chaque maison a un style et qu’elle s’y tient.

Quand je suis arrivé à Paris, j’ai commencé à être invité aux défilés. Automatiquement, j’avais un nouveau regard donc c’était vachement sympa. Je me sentais un peu privilégié de pouvoir m’assoir à un défilé. Je me souviens de ma première invitation, j’étais comme un fou ! J’avais séché les cours pour y aller. C’était une petite marque qui s’appelle Icosae et qui depuis, est bien montée.

J’adore la mode masculine, même si je m’habille aussi beaucoup chez la femme. Je trouve que la fashion week homme est la plus intéressante, en termes de tendances et de style. Pour le coup, on sent ces dernières années qu’il y a une vraie volonté de développer la mode homme. Après, j’adore mais c’est plus pour m’inspirer pour des éditos, quand on me demande d’être DA (directeur artistique, ndlr) pour une campagne. Là je vais regarder des défilés parce qu’il y aura des coupes et des matières qui vont inspirer ma direction artistique. Donc voilà. Les défilés c’est plus pour le boulot et la street pour le perso.

Quel est ton point de vue sur le bouleversement de la mode masculine, justement ?

Si on prend la mode masculine il y a cinq ans, l’homme lambda ne s’attardait pas plus que ça sur son style. Alors que dernièrement, les mecs commencent à porter des pièces de couleurs, des pièces plus travaillées. De plus en plus d’hommes vont aller shopper chez la femme. On voit qu’il y a vraiment eu un retournement de mentalité et je pense que l’homme, en matière de style, est presque en train de détrôner la femme, qui elle, devient de plus en plus banale. De plus en plus, les filles sont toutes habillées de la même façon pendant que les hommes cherchent à se démarquer dans leur style.

Les réseaux sociaux ont certainement beaucoup joué là-dedans. Mine de rien, les hommes ne sont pas bêtes ! Ils ont bien compris que toutes ces filles qui lancent des tendances ont réussi à construire des business et à gagner de l’argent. Donc automatiquement, les premiers, qui ont été les plus intelligents, se sont dit « tiens, pourquoi on ne ferait pas ça nous aussi ? ». Forcément, avec le pouvoir des réseaux sociaux, le message s’est diffusé et tous ont voulu se démarquer. Ils pensaient sûrement qu’en se démarquant, il y aurait une part de célébrité ou d’argent qui viendrait avec. Je pense que tout est lié. Je ne crois pas qu’un homme se dise juste, du jour au lendemain, « tiens, j’ai envie d’avoir un style particulier ». Il y a forcément une attente derrière, une recherche de quelque chose. Avec l’influence des réseaux sociaux et de la télé-réalité ; même si je ne suis pas du tout télé-réalité, mais il faut dire ce qui est, on a vu de plus en plus de mecs afficher des marques, puis travailler avec elles sur les réseaux. Donc automatiquement, effet boule de neige, dans la vie de tous les jours, de plus en plus de mecs – et très jeunes– cherchent à se différencier par leur style.

Moi, je pars du principe que si quelque chose me plait et me va, je n’ai pas à me priver. Peut-être pas dans les extrêmes… Enfin, je dis ça mais si dans dix ans, tous les hommes sont en robes roses – je ne le ferais certainement pas, parce que je n’aime pas faire comme tout le monde mais en tout cas, j’essaierais de l’avoir fait avant.

3ALEX9
Le soir, j’ai tendance à m’habiller très simple, très noir. Donc j’aime bien apporter un peu de lumière avec mes accessoires ; comme les petites boucles en métal de mes boots, par exemple. Ajouter une touche de luminosité.

Est-ce que les hommes porteront vraiment des robes un jour, telle est la question…

Des robes, je ne sais pas. Mais quand même, on voit de plus en plus ce côté veste très longue, tee-shirt très long… On sent que l’homme est un peu jaloux de la femme. Parce que mine de rien, la femme a une facilité dans le style. Une robe, une paire de cuissarde et on a une tenue sympa. Alors que l’homme va devoir aller plus loin dans sa réflexion. Alors ok, on ne peut pas mettre de robe, mais on va réadapter l’idée en portant un tee-shirt oversize un peu long et un slim très serré ; parce qu’on ne pourra pas mettre de collant. On cherche toujours à contrebalancer en récupérant des éléments importants du style de la femme et en les adaptant chez l’homme.

L’homme a un choix beaucoup plus restreint dans son vêtement que la femme ; dans un premier temps, on cherchait surtout la fonction. Mais on voit que ça change quand des magasins comme Zara commencent à sortir des blazers à paillettes pour homme ou des pantalons en velours avec des strass… On sent qu’il y a vraiment cette volonté d’emmener l’homme à un autre niveau vestimentaire.

Une actu mode qui t’a marqué dernièrement ?

Les tendances de ces deux-trois dernières années ne sont pas des tendances hors normes. Ce sont des petits détails ; par exemple, le retour du sac banane ! En six mois, c’est redevenu la star des réseaux sociaux, mais ce n’est pas non plus une pièce iconique. C’est juste un détail, un accessoire. On a des imprimés, des couleurs, mais pas de vraie révolution. Il n’y a pas un truc vraiment impactant ; ce sont des petits détails du passé qui reviennent en force, mais rien de vraiment hors norme. Quand on avait Mugler qui faisait des épaulettes, là, c’était des trucs qui sortaient de ce qu’on avait l’habitude de voir ! On n’a plus vraiment ça maintenant. On va voir la tendance des filles qui portent des cols roulés oversized avec des cuissardes… Jusque-là, il n’y a rien d’exceptionnel non plus. On aime bien, c’est joli, on adapte. Mais rien d’extraordinaire.

Que penses-tu de l’émergence du streetwear dans le luxe ?

Je trouve ça bien et pas top en même temps.

Je pense que les marques se sont mises à faire du street parce qu’elles ont compris que de plus en plus jeunes, les gens aimaient avoir de belles pièces. Quand on a Riccardo Tisci chez Givenchy qui sort une collection de pulls floqués avec une vierge à 800 euros… On se dit « ouais, bon ». Mais ça marche !

Ça marche parce que ce que les gens vont chercher, c’est juste le fait que ce soit un Givenchy. Et contrairement à ce qu’ils produisaient il y a dix ans, ça, on peut le mettre dans la vie de tous les jours. Ça a plus été un choix marketing, et les autres maisons ont suivies derrière. Quand Dior nous sort une paire de Converse en espèce de plexi… Ça cartonne. Ça cartonne pourquoi ? Parce que c’est portable dans la vie de tous les jours. J’aime parce qu’automatiquement, c’est portable. Mais je trouve ça moins bien, parce que je ne pense pas que la démarche soit vraiment honnête. C’est un peu un filet de sécurité en se disant « on continue à faire quelques pièces extraordinaires, mais histoire de garder notre chiffre et de ne pas faire couler LVMH demain, on va lancer des trucs un peu plus portables au quotidien ».

4ALEX7SANSTXT

 

Quelles sont les marques ou les créateurs que tu préfères ?

J’adore Riccardo Tisci chez Givenchy. J’aimais son approche parce que quand je fais du stylisme, je suis toujours dans le conflit.

J’aime quand Riccardo Tisci fait, en Haute Couture, une burqa complètement en or. Je trouve que c’est du génie ! C’est du génie parce qu’il y a un vrai message derrière, il y a une vraie intension. Quand – et pourtant, j’étais le premier à l’acheter- à contrario, il nous sort un pull noir avec juste écrit Givenchy Paris, là, on ne comprend pas trop quoi. Et moi, en bonne victime de la société de consommation que je suis, je l’ai acheté. Mais pourquoi ? Parce qu’encore une fois, à cause des réseaux sociaux, on est dans une génération où on veut montrer que notre vie est la meilleure. On en a besoin. On est dans cette volonté de s’afficher, de montrer l’argent, tout ça. J’ai un peu de mal avec ce côté très brandé comme on dit mais d’un côté j’aime bien aussi, parce que sur certaine tenue, ça peut être joli.

J’aime aussi beaucoup ce que font certaines maisons en ce moment, comme Dior, qui revisite les sacs iconiques. On les adapte au style d’aujourd’hui et je trouve ça sympa.

Je suis très mitigé entre « j’adore ce que font les maisons » et j’aime de moins en moins. Et même moi, qui aime les belles pièces, je vais avoir envie d’acheter le dernier sac Dior parce qu’il est beau ; en revanche, sur la collection, on sent qu’il y a moins de recherches stylistiques. Surtout moi qui ai fait des études là-dedans, quand Olivier Rousteing balance depuis quatre saisons les mêmes robes tressées… J’ai envie de dire stop au bout d’un moment. Il n’y a plus cette magie qu’on avait avant dans les défilés ; quand il y avait vraiment un univers, une histoire. Maintenant on sent que c’est de la mode pour de la mode. Et pour de l’argent surtout.

As-tu des muses fashion ?

Ma marraine, déjà. C’est une girl boss toujours très bien habillée. Sinon étrangement, je n’ai pas une muse en particulier. Et je n’aime pas spécialement aller voir ce que font les numéros 1. Je trouve ça plus intéressant de regarder des profils un peu plus nichés, parce qu’il y aura une approche différente. J’aime bien ce côté qui à la base, a fait le succès des blogueuses, où on faisait des looks avec des petits budgets ; cette recherche permanente d’aller fouiller dans ce qu’on a déjà pour créer de nouveaux looks. Je n’ai pas vraiment de célébrités ou de muses qui m’inspirent au quotidien, c’est plus le commun des mortels finalement qui va m’inspirer.

5ALEX8

Quelle est la pire période stylistique que tu as traversé ?

J’étais en 3ème. Si je postais une photo de moi à cette époque sur Instagram… Quoi que, peut être que je relancerais une tendance !

Il y a une période où j’ai été emo. J’avais des Converses de différentes couleurs et des bretelles avec des têtes de mort que j’achetais chez Claire’s… C’était l’enfer. Puis après, il y a eu cette collection Adidas de jogging de toutes les couleurs. J’avais acheté le bleu marine avec les bandes turquoise ; je crois que je devais mettre ce truc au moins cinq jours sur sept. J’avais le sac en plastique blanc avec le pull Marshall. Enfin bref, une horreur. Vraiment, c’était horrible. J’ai un peu honte de ça.

Et puis après, quand je suis arrivé à Paris, j’ai un peu fait des expériences. J’ai commencé à devenir un adepte du layering, je superposais des trucs. Alors en soit, si je décompose ma tenue, ce n’était pas si mal mais c’était juste pas dans le bon sens, en fait.

J’ai eu plusieurs périodes comme ça, ouais. J’ai eu une période aussi – et encore j’aimais bien, où je mettais des cyclistes avec des claquettes et des shorts par-dessus. Je me suis cherché pendant un moment. Je me cherche encore tous les jours, d’ailleursIl y a eu des trucs très street, puis j’ai eu ma période bottine/blazer/sac Chanel… Au niveau de mon style, j’ai vu tous les extrêmes.

Et la meilleure ?

En ce moment.

J’aime les assemblages que je fais, je sens que j’ai plus de maturité dans mon style, aussi. On voit que c’est plus recherché. Pendant des années, je m’habillais beaucoup en noir uniquement, ça a duré très longtemps. Je suis parti à Los Angeles et quand je suis revenu, je ne me suis plus du tout habillé en noir ; je ne mettais que de la couleur.

Là, j’arrive dans un bon entre deux. J’ai eu les deux extrêmes et j’essaie de trouver un juste milieu. C’est vraiment en ce moment que je prends le plus de plaisir. Même si dans la journée, j’ai juste prévu d’aller bosser à mon bureau, je vais prendre du plaisir à m’habiller le matin. En fait, j’ai retrouvé ce plaisir que je n’avais plus pendant mes derniers mois à Paris – ce plaisir de m’habiller pour moi avant tout. Et à partir du moment où on s’habille pour soi, je pense qu’on peut dire que ouais, c’est notre meilleure période stylistique. J’espère qu’elle va durer encore des années mais en tout cas, elle commence là.

6ALEX10
C’est une jolie histoire. Une paire que j’ai cherché pendant 6 ou 8 mois avant de les trouver ! Une édition limitée mais je m’y suis pris deux ans après. Et j’ai fini par les trouver à ma taille ! Il n’en restait plus qu’un seul exemplaire. J’avais fait une collab avec Nike, qui m’a offert la petite languette en métal sur les lacets où ils ont gravé « Le Blog d’Alex » ; du coup, c’est un peu ma paire coup de cœur. Je ne les mets pas trop souvent parce que j’y tiens tellement que je ne veux pas les abimer. Mais c’est une paire que j’adore. Je les trouve dingue. L’association de couleur, la forme, tout.

Est-ce que la mode t’a aidé (ou pas) à t’accepter et à t’affirmer ?

Complètement.

Bon, le fait que je sois arrivé à Paris – dans une ville où on peut porter ce qu’on veut parce que les gens ne nous regardent pas, ça joue aussi. Je me suis beaucoup affirmé dans mon style, j’ai osé, j’ai commencé à faire des expériences, à découvrir ce que j’aimais et ce que je n’aimais pas, ce qui me ressemblait comme-ça ou ce qui ne me ressemblait pas du tout.

Pendant longtemps, j’ai essayé d’être quelqu’un d’autre à travers mes styles, de me cacher. Quand, par exemple, je m’habillais tout en noir, c’était aussi un moyen de sécurité. Parce qu’on me remarquait moins alors que maintenant, au contraire, je sais que je suis le genre de personne qui s’habille pour s’affirmer. Encore sur Instagram la dernière fois, j’avais un pull Pimkie – donc une marque de femme, et on m’a fait la réflexion « oui, c’est un truc de femme, machin… » mais au contraire ! Maintenant, je suis fière de porter ce message. De dire « oui, mais en attendant, le pull t’a plu. Si tu as cliqué, c’est que le pull t’a plu sur moi ; donc ça veut dire que tu es tellement fermé d’esprit que tu vas te priver de l’acheter juste parce que c’est de la femme » ! Donc ouais, ça m’a vraiment permis de m’affirmer et de me sentir mieux dans ma peau, de savoir qui je suis et surtout, qui je n’ai pas envie d’être.

Comment définirais-tu le style cannois en comparaison au style parisien ?

Le style cannois… Sans vouloir être trop cliché, quand on dit « cagole », ce n’est pas juste une expression ! C’est vraiment une signature stylistique propre à la région.

Ici, les filles sont dans la démonstration d’argent. Donc on se retrouve avec des gamines de 14 ans qui ont des sacs Chanel… et des Nike. Je trouve ça un peu particulier.

Alors que la parisienne, ce que j’aime chez elle, c’est ce côté où elle a mis cinq minutes à s’habiller mais tous les jours, on dirait qu’elle va à un défilé. Elle n’a que des beaux basiques, elle n’a que des belles pièces ; un manteau très bien coupé, la chemise blanche de son mec qui lui va à merveille, une petite paire de bottines… Bref, voilà. C’est une association de couleurs, de matières et de formes qui donnent automatiquement un aspect un peu élégant, dans l’air du temps. A la fois dans l’air du temps et indémodable, en fait.

C’est ça que j’aime dans le style de la parisienne. Alors qu’à Cannes, et sur la Côte d’Azur en général, toutes les filles sont quasiment habillées pareil ; mais c’est vraiment un style particulier, propre au Sud, qui ne me plait pas. Ça vire vite au vulgaire déjà, chose que la parisienne ne fera jamais. La parisienne, elle peut sortir en soirée avec un blazer sans rien en dessous, ce sera élégant. Alors que les filles ici vont mettre ça avec un soutien-gorge à strass ou je ne sais pas, mais ici, en fait, il y a toujours le truc de trop. Toujours le truc too much qui est là en mode « mais pourquoi t’as fait ça ? ». Je ne comprends pas.

Enfin moi pour le coup, j’ai vraiment un style plutôt parisien. Je l’ai toujours eu. Même quand je vivais ici, on me disait toujours « Ah mais toi, à Paris, tu vas te fondre dans la masse ». Parce que j’ai ce côté intemporel.

J’aime bien avoir de belles pièces. Et je le vois, quand je marche dans Cannes, on me regarde bizarrement alors qu’en soit, mes looks ne sont pas non plus extraordinaires. Mais contrairement à ici, ils sont élaborés, réfléchis.

Il y a trois jours, j’ai fait un look avec un jogging, une paire de bottes en cuir, un pull un peu loose – que j’avais rentré dans mon jogging, avec un perfecto… Bon, voilà. Il y a une recherche. Je veux un look qui soit à la fois confortable mais stylé. Alors qu’ici, à part la recherche de se faire voir, je ne vois pas ce qu’ils recherchent.

7ALEXX
Je déteste avoir froid mais je ne supporte pas sortir en espèce de tenue de ski, du coup je fais des superpositions. Comme ici ; créer plusieurs couches avec chaque fois une matière ou une couleur différente, pour ne pas avoir froid tout en restant stylé quand même.

Quelles sont TES règles pour un look réussi ?

Ne pas avoir de règle.

Quand j’entends Cristina Cordula dire à la télé « il ne faut pas mélanger les motifs » ou « si tu mets du large en haut, il faut mettre du serré en bas» ; je ne suis pas du tout d’accord. Ça m’arrive souvent de porter du large en haut et du large en bas et si je suis fier de ce que je porte, dans tous les cas, ça se verra.

Il m’est déjà arrivé de porter une tenue toute noire et classique et de me faire mal regarder… Parce que mon attitude ne collait pas. Comme j’ai pu sortir avec des trenchs qui trainaient au sol tellement ils étaient longs et les gens ne faisaient même pas attention. Ou alors, je voyais que le regard n’était pas le même parce que j’étais fier de ce que je portais.

Donc non, il n’y a pas de règle. La seule règle, c’est de s’amuser et de le faire pour soi. Ne pas s’habiller pour les autres. Oser. Essayer. Au pire, ce n’est pas grave. Moi, ça m’arrive de revoir des tenues que je trouvais magnifique à l’époque et maintenant, je n’aime pas. Parce qu’on évolue et que nos goûts changent, donc il ne faut pas se priver. La vie est beaucoup trop courte pour se priver de la façon dont on a envie de s’habiller.

Y a-t-il une pièce que tu t’interdis de porter depuis toujours ? 

 Les cols roulés, je me suis interdit d’en porter pendant longtemps. Je détestais les cols roulés, j’en avais horreur. Je trouvais ça horrible, j’avais l’impression de ressembler à une tortue. Et maintenant, j’adore.

Pareil pour les doudounes. J’ai fait la guerre aux doudounes pendant des années ! Je me disais « non mais moi, ressembler à un bonhomme Michelin ? C’est hors de question ». Maintenant j’aime bien mais parce que j’ai une approche différente.

Après si, il y a une pièce que je refuserais toujours : les moufles. Arrêtez ça. Et je suis de la team qui fait la guerre aux Crocs. Et aux UGG dans la vie de tous les jours. J’en ai pour la maison, mais je ne les porterais jamais pour aller dehors.

La pièce que tu rêves de t’offrir un jour ? 

La pièce que je rêvais de m’offrir, je me la suis déjà offerte. C’est le sac Boy de chez Chanel.

C’est une pièce iconique, je ne le regrette pas du tout. C’est une pièce que j’ai envie de léguer à ma filleule plus tard. J’en ai rêvé depuis des années, je voulais absolument l’acheter à Cannes parce que j’ai grandi là-bas ; c’était un peu mon goal de me dire « avant de partir à Paris, je me paierais mon sac Chanel ». C’est se dire voilà, j’ai bossé, j’ai mis de l’argent de côté… Et encore, même si demain je gagne des centaines de milliers d’euros, je n’irais pas m’acheter des sacs de toutes les couleurs. Je m’achèterais un beau sac noir pour ma vie de tous les jours, mais sans plus quoi.

Après, j’aimerais beaucoup m’acheter un très beau manteau Saint Laurent. J’en ai vu un il y a quelques années sur une blogueuse ; quand j’ai cliqué sur le lien, que je suis tombé sur MyTheresa et que le manteau était à 4700 euros… Je me suis dit bon, on va aller voir si Zara ne fait pas le même.

Mais j’adore les belles pièces. Sauf qu’avec le recul, je me dis que le changement va trop vite et il me faudra certainement un moment avant d’acheter de nouveau des pièces de luxe. Parce que je sais que j’aime trop changer de style ! Ou alors j’achèterais, mais je revendrais.

Il n’y a plus de pièce dont je rêve comme quand j’étais plus jeune. J’ai une approche différente de la mode et automatiquement, avec le blog, je suis plus dans un roulement fast-fashion donc ça vient, ça part, comme les tendances. Je vais craquer sur un sac pendant deux-trois mois mais je ne l’achèterais pas parce que de toute façon, dans deux-trois mois je craquerais pour un autre sac, etc. Donc ce n’est pas la peine.

8ALEX3V1
Je vais avoir quelque chose de très fermé au niveau des jambes, par contre, je vais mettre des chemises très ouvertes, très décolletées, avec des chaines, pour laisser apparaitre la peau à des endroits très précis. Pour faire naître la sensualité, sans être vulgaire malgré tout.

Ton obsession mode du moment ?  

C’est une obsession qui dure depuis des années : les manteaux. J’ai un très (très) gros problème avec les manteaux.

Quand je vivais à Paris j’en avais une quarantaine. J’avais toutes les formes, toutes les couleurs possibles. C’est-à-dire que je suis incapable, même si j’ai déjà cinq manteaux noirs, de ne pas en acheter si j’en vois un avec un détail différent. Je vais le vouloir parce que ouais, c’est mon obsession.

J’ai toujours aimé les vestes ou les manteaux longs ; j’adore porter des choses longues. J’adore cet effet quand on marche, ça donne une certaine confiance en soi. C’est une obsession qui dure depuis des années ! Même mes parents me disent « mais, t’as encore acheté un manteau ? Je ne comprends pas comment tu peux trouver que tu n’en as pas assez, c’est pas possible ». Oui, mais le col est un peu plus oversize que l’autre.

Je pourrais porter des manteaux toute l’année, même l’été si ça ne tenait qu’à moi.

Quels moments de ta vie ont le plus marqué l’évolution de ton style ? 

Quand je suis arrivé à Paris, déjà. Quand je suis arrivé à l’école de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, ça a été un retournement total.

C’est quand même l’école de la Fédération Française de la Haute Couture donc je me suis retrouvé dans cette espèce de synergie, de personnes qui avaient des styles complètement hors du commun – qui ne me plaisaient pas forcément, mais on voyait qu’il y avait quelque chose.

C’est là que j’ai commencé à porter de très longs cardigans noirs, par-dessus un blazer, avec un grand chapeau, des bottines… J’expérimentais. Ça a vraiment marqué ma recherche pour me trouver.

Après ça, à contrario, j’ai eu une période très street. C’était basket, jogging, perfecto… C’est-à-dire que toutes ces périodes que j’ai eu, j’en ai pris le meilleur pour créer vraiment mon style et ma signature en termes de mode.

Mon voyage à Los Angeles aussi, m’a complètement changé. Là-bas, ils ont ce truc où ils sortent habillés n’importe comment mais des fois, il y a des associations de pièces tellement énormes qu’on se dit « la fille est juste sortie acheter son café mais en vrai, son look est super. Il est visuel, il est beau».

Ce qu’ils proposent dans les magasins, c’est beaucoup plus coloré, très summer –comme il fait chaud toute l’année.

Quand je suis revenu, j’ai adopté ce côté pièces colorées.

Et depuis que je suis redescendu dans le Sud, j’ai vraiment réussi à peser le pour et le contre, à trouver le juste milieu entre toutes ces périodes que j’ai pu avoir.

9ALEX11
En général, j’ai toujours mon ordi avec moi donc j’ai un grand sac à main fourre-tout. En revanche, quand je ne vais pas bosser ou que je n’ai pas besoin de l’avoir avec moi, j’aime bien avoir un petit sac qui ne va pas m’encombrer. En plus, j’adore marcher, je ne suis pas très transport donc j’adore me balader avoir mon petit sac pour tout fourrer dedans. J’ai la place de mettre tout mon bordel. Puis j’adore avoir les mains vides, je ne supporte pas de ne pas pouvoir me servir de mes mains. Donc le sac à dos, c’est vraiment le truc parfait !

Selon toi, quelle est la différence entre le style et la mode ? 

La mode, c’est ce qu’on nous dicte. La mode, c’est une industrie. C’est un boulot, c’est la presse. La mode, c’est une branche professionnelle.

Le style, en revanche, est propre à chacun. Chacun à son style. Quand on me dit « celle-là, elle n’a pas de style » … Si, elle en a un. Elle n’a pas ton style, elle n’a pas ton œil sur l’industrie de la mode ; elle a peut-être son style de femme au foyer, qui n’a pas le temps d’aller faire les magasins, de passer trois heures devant son miroir à choisir une tenue et surtout, qui s’en fout. Ce n’est pas sa priorité.

La mode en revanche, c’est une dictature. Ce sont des règles qu’on nous impose sans vraiment nous le faire comprendre. C’est indirect, on ne nous dit pas « fait ça », mais on nous le fait comprendre. Les gens qui se laissent happer par ce milieu peuvent avoir l’impression que s’ils ne suivent pas cette dictature, ils ne seront pas estimés à leur juste valeur.

Je vois vraiment les choses de façon très professionnelle et avec beaucoup de recul. Quand on me dit « tu travailles dans la mode », je dis non. J’ai mon style, je bosse des fois avec des gens du milieu de la mode, en revanche, je ne viens pas du milieu de la mode. Je viens du Blog d’Alex, avec mon style à moi, ma mode à moi, mais pas celle de tout le monde. Ce sont deux choses très différentes.

Est-ce que ton métier influence ton style ?

Oui.

J’ai été merchandiser chez Zara. J’avais un uniforme donc quand j’allais au boulot, je ne m’emmerdais pas. J’enfilais un jogging, un pull et j’y allais. Maintenant, je suis dans un métier ou je suis free, je suis libre de faire un peu ce que je veux. Avec le blog, je suis emmené à prendre des photos presque tous les jours donc forcément, je rentabilise mon temps. Tous les jours, en choisissant ma tenue, je réfléchis aussi à comment je vais la partager avec ma communauté, comment je vais pouvoir les inspirer. Donc oui, mon métier influence mon style parce que ça fait partie de mon travail d’avoir cette réflexion. Je ne peux pas me dire « blogueur mode » et arriver devant un client si ma tenue n’est pas impec’ – sans parler de goût, mais il faut qu’il puisse se dire « il sait de quoi il parle. Il représente quelque chose, on voit qu’il est propre à ce qu’il nous montre sur les réseaux sociaux ». Donc forcément, ça y joue. Mais c’est un plaisir donc ça va.

Justement. Quand on a un blog et 13K followers, comment gère-t-on la pression du regard des autres et cette recherche constante de l’image parfaite ?

Au début, on n’a pas cette notion-là. On ne pense pas que les gens peuvent être mal intentionné.

Moi j’ai de la chance, vraiment. J’ai une très belle communauté. Ça a dû m’arriver deux ou trois fois en six ans de recevoir des remarques vraiment haineuses.

J’ai eu une période en effet – comme beaucoup de blogueurs je pense, pour ne pas dire tous – où je me suis un peu perdu parce que justement, sur les réseaux sociaux, on cherche tellement à plaire à notre communauté qu’on finit par ne plus se plaire à soi-même. J’ai eu cette période, ça a été très difficile parce que on ne sait plus qui on est. On ne sait plus si on fait ça pour les gens ou si on fait ça pour nous. Est-ce que je porte ça parce que j’aime ou est-ce que je porte ça parce que je sais que ça fait du like sur les réseaux ?

Jusqu’au moment où on prend une pause et on se dit là, j’ai besoin de prendre du recul. Maintenant je sais que je poste ce que je veux. Je porte ce que je veux. Et je l’ai dit très ouvertement à ma communauté, si ça ne vous plait pas, vous pouvez vous désabonner. C’est mon Instagram, ce n’est pas le vôtre. Quand on nous dit qu’on gagne de l’argent sur le dos de notre communauté, c’est faux ; on ne leur a rien demandé.

Je ne suis pas payé pour que ma communauté voit mon post. Je suis payé parce que je vais prendre du temps pour faire mes photos, les retoucher, créer un article. Je suis payé pour un travail donc je ne trouve pas ça juste. On n’est pas redevable, c’est pas vrai. Je n’ai jamais demandé à ce que les gens s’abonnent à moi. Je l’ai fait par plaisir du partage, par plaisir de la photo et si les gens veulent me suivre, c’est leur responsabilité. Comme quand on fait un placement de produit et qu’on nous dit « oui, vous nous influencez » … Attends. Moi je vous montre un produit, exactement comme quand vous le voyez sur une publicité ; je ne vous mets pas le couteau sous la gorge pour que vous l’achetiez. Donc je fais ce que je veux sur mes réseaux, ce sont les miens.

C’est dur. Je pense qu’on a besoin d’avoir ce moment où on se perd pour adopter cette façon de penser, mais au bout d’un moment, on est obligé de reprendre les choses en main si on veut continuer là-dedans et ne pas se laisser abattre. Il faut faire comprendre aux gens que mon compte Instagram s’appelle @AlexandreDNT et pas @touslesgensquimesuivent. C’est mon choix. C’est ma propriété.

10ALEX5V2
C’est mon look quand je n’ai pas le temps. C’est un look passe-partout, peu importe ce que j’ai à faire dans la journée. Il est habillé, mais décontracté. Si j’enlève le gilet, le perfecto et la chemise font un peu plus habillé ; si je m’en fou, ou si j’ai trop chaud, je garde juste le gilet bref, il est malléable et peut m’accompagner du soir au matin, peu importe ce que j’ai à faire dans la journée. Il s’adapte, il est confortable et pratique.

Comment te positionnes-tu entre ton statut de blogueur, la surconsommation qui va avec et ce mood qui voudrait que l’on consomme moins ou mieux ?

En effet, on est dans une société de surconsommation. Moi-même, j’aime renouveler ma garde-robe souvent mais je vais le faire de façon intelligente.

J’avais écrit un article comme ça, qui s’appelait « Dressing Détox ». Tous les trois mois environ, je renouvelle mon placard mais de façon intelligente. C’est-à-dire que je vais revendre mes pièces sur Vinted par exemple, ce qui fait que plutôt que de pousser les gens à aller consommer en magasin – et participer au principe de reproduire de nouvelles pièces – favoriser la seconde-main, donc des choses déjà produites.

Je sais que je vais revendre les pièces moins chères et ça va être plus accessible pour certaines personnes. Ma petite participation est là.

Plutôt que de me débarrasser des pièces, je vais inciter ma communauté à les racheter. Pas du tout dans le but de me faire de l’argent. Même quand les marques m’envoient des trucs, je le dis ouvertement, c’est neuf et ça m’arrive de les revendre à -70% parce que bon, je vais utiliser cet argent pour acheter de nouvelles pièces. Mais je me dis qu’au moins, dans ma surconsommation et ce métier qui veut que je sois constamment dans le renouveau, j’essaie de faire un petit geste. Je participe en achetant mais je revends d’un autre côté, pour équilibrer et me donner un peu bonne conscience.

Dans quelle mesure évoluer dans l’univers du blogging et des réseaux sociaux a fait changer ton regard sur la mode ?

Ça a changé beaucoup de choses, c’est vrai. Et bizarrement, pas forcément en bien.

C’est vrai qu’au tout début, quand on est un jeune garçon et qu’on lit Vogue, on a l’impression que c’est un milieu magnifique. Puis on se rend compte que c’est avant tout un milieu d’argent. Quand on entend des gens dire « oui, moi, j’adore habiller la femme » … Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas vrai, c’est juste un business. Ça en restera toujours un.

Après, avoir travaillé avec des blogueuses comme Kenza, ça m’a apporté un œil différent. Elle avait ce côté un peu plus « je m’en foutiste », où le regard des autres compte moins. C’est ça qui m’a vraiment apporté. Je me suis dit « ouais, si elle le fait alors je peux le faire aussi » ; ça m’a vraiment inspiré et libéré dans mon style. Mais professionnellement oui, ça change votre regard ; on perd un peu la magie de ce que c’était à la base.

11ALEX4

 

Peut-on dire que la mode et les réseaux sociaux sont une imposture ?

Bien sûr. La mode sera toujours une imposture. Une imposture, mais pas toujours dans le mauvais sens du terme.

Je trouve ça bien, par exemple, que des marques de fast-fashion permettent au commun des mortels de s’offrir des pièces semblables à celles que l’on voit sur les défilés.

Souvent, les gens crient au plagiat et on peut voir ça comme une imposture parce qu’on peut dire « oui enfin, tes bottes Zara, c’est juste des imitations Celine » … Oui. Mais je trouve ça bien, justement. Du coup, je dirais imposture mais dans le sens s’imposer, plutôt. Je trouve ça bien qu’on puisse s’imposer en disant « non, je n’ai pas les moyens de m’acheter des bottes Celine, mais avec mes bottes Zara, j’aurais quand même plus de style que toi ». Ça, c’est intéressant.

A ton avis, que dit ton style vestimentaire sur ta personnalité ? 

Je pense que mon style montre bien que je suis quelqu’un d’assez… Bipolaire. Dans le sens où je peux passer du tout au rien. Je suis à la fois très concentré, – et ça se ressent dans mon style parce que j’aime mélanger certaines matières, on voit qu’il y a de la recherche, une espèce de concentration de neurones en matière de style.

Mais à côté de ça, je suis complètement explosif. Quand je fais quelque chose, je le fais à fond – et ça se ressent aussi dans mon style parce que quand j’aime une pièce, je vais chercher à la mettre le plus souvent possible ; je vis le truc à 100%. On voit aussi que j’aime être pratique, être libre de mes mouvements ; j’aime beaucoup les choses fluides, longues, qui ont un certain tombé. Parce que je suis comme ça dans ma vie de tous les jours, j’aime que les choses se passent bien, ce côté léger et aérien. Des coupes ou des matières qui finalement, représentent une partie de ma personnalité. J’aime ce côté très androgyne, l’idée que la mode n’a pas de sexe. Je ne peux pas porter de robe – j’adore voir des robes sur les femmes, je trouve ça magnifique – moi je ne peux pas le faire donc je vais mettre cette espèce de gilet très long, qui va avoir un effet tombé de robe.

Dans le vestiaire de qui vas-tu le plus souvent piquer des pièces ?

Ma belle-mère. Quand je suis parti à Paris, je lui ai piqué un perfecto coupé un peu dans le style de Grease, avec des manches très oversize en cuir d’agneau ; une pièce magnifique qu’elle avait dans son placard depuis des années. Ou il y a deux jours, je lui ai piqué un manteau camel. J’avais envie d’en acheter un, j’en parlais avec elle et elle m’a dit « mais attends, j’en ai un dans le placard ». Et c’était exactement ce que je voulais ! Parce qu’aussi, la mode aujourd’hui reprend carrément les codes de ce qui était tendance à son époque. Je fais une petite participation à l’écologie en piquant son manteau au lieu d’aller en acheter un nouveau.

Elle n’a pas fait de tri dans sa garde-robe depuis ses 20 ans je pense, elle a de très belles pièces qu’elle ne met pas souvent – quand elle était jeune, ça devait être une bonne fashionista. On se retrouve avec de belles surprises dans ce placard !

Quel est ton rapport à la mode vis-à-vis de la séduction ?

Je suis énormément dans la séduction. J’ai cette honnêteté que peu de gens ont, de dire que tout le monde aime plaire. Les gens disent qu’ils n’aiment pas être regardé, qu’ils n’aiment pas être désiré, ce n’est pas vrai. On aime tous plaire.

Ce n’est pas forcément malsain. Même si on est en couple, on aime être désiré. Il faut se l’avouer. Moi, je n’ai jamais eu de problème à le dire ; j’aime quand je rentre dans un restaurant, quand je vais en boîte, qu’on me regarde. Ça apporte une certaine confiance en soi, aussi.

Je ne dis pas que je suis le plus beau, ni que je suis magnifique, je dis juste que j’aime plaire. J’aime avoir un côté sexy dans ma façon de m’habiller, mais jamais vulgaire. Je vais avoir des chemises noires très décolletées, avec plusieurs médailles autour du cou… Plutôt que sexy, je dirais que j’aime être sensuel. J’aime avoir des trucs un peu courts, parce qu’on va voir légèrement la peau apparaître avant le pantalon, et que si le pantalon est bien coupé, ça va donner une bonne silhouette, voilà. J’aime être dans ce côté sexuel sans jamais devenir aguicheur non plus mais j’aime qu’on puisse se dire « sa tenue est sensuelle ». C’est un terme que j’aime beaucoup, sensuel, en fait.

12ALEX6V2

Y a-t-il un style vestimentaire sur lequel tu fantasmes mais qui n’est pas le tien et qui ne le sera probablement jamais ?

Il y en a un mais pour le coup, je n’ai pas le bon sexe pour le faire. J’adore ce que font beaucoup de blogueuses en matière de mode féminine. Porter des sweats de mec, oversized, avec des bas résilles et des talons. J’aime cette confrontation entre le côté très masculin et le côté très sexy, sans être vulgaire.

Vraiment, si j’avais été une fille, j’aurais fait des mélanges de looks genre improbables. J’aurais été du style à sortir en jogging, bottines à talons et long manteau. Il y a des pièces qu’on n’aura certainement jamais dans le vestiaire homme. Quand même, je vois mal un homme en cuissarde.

J’aurais aimé être une fille juste pour ça ; la possibilité de style qui s’offre au sexe féminin. 

Justement, on entend de plus en plus que la mode n’a pas de sexe, est-ce que tu y crois ? Quelle est ta position sur le sujet ?

J’y crois oui, mais dans la mesure du réalisable. Il y aura toujours des pièces exclusivement féminines alors qu’il n’y aura jamais vraiment de pièces exclusivement masculines.

Les femmes pourront toujours aller chercher quelque chose dans le vestiaire de l’homme, ça ne choquera jamais. Alors que dans le vestiaire de la femme, il y a des pièces qu’un homme ne pourra jamais porter. Enfin jamais, je n’en sais rien, peut-être que dans 50 ans on sera choqué de le voir, mais c’est vrai que quand on parle de talons ou de robes… On ne verra certainement jamais ça dans le vestiaire de l’homme.

En revanche, les marques font de plus en plus de pantalons unisexes, de sweats unisexes, des vestes… Parce qu’ils se rendent bien compte que dans tous les cas, les hommes et les femmes en portent donc autant faire la pièce de façon unisexe, ce sera plus simple.

Est-ce que la mode unisexe ne tendrait pas vers une sorte d’uniformité ?

Les femmes sauront toujours adapter la mode unisexe en la rendant plus féminine. L’homme aura tendance à la prendre au mot, à porter la tenue telle qu’on lui propose, mais la femme s’adapte. À son style, à ce qu’elle voit sur les réseaux sociaux, et ça, ça ne fera que prendre de l’ampleur au fil du temps.

La femme aura toujours plaisir à mettre des talons, ça restera toujours un truc. Parce qu’au-delà de ça, le talon apporte aussi une sorte de confiance en soi, c’est très connoté.

13ALEX12
J’ai les cheveux assez longs sur le devant. J’adore cette coupe mais en journée, j’aime bien avoir une casquette dans mon sac et la porter au cas où mes cheveux me saoulent. C’est autant une question de style que de pratique. Ça me sauve capillairement.

Comment imagines-tu l’avenir de la mode ? 

On va être surpris par les hommes.

Je pense vraiment qu’on arrive dans une ère ou l’homme va avoir un style très marqué, très pointu. Des profils qu’on ne soupçonnait pas deviennent des pointures de mode, nous sortent des looks incroyables !

Enfin, penses-tu que l’habit fait le moine ?  

Non. Du tout. J’ai des copines qui sont toujours en talons de 20, en mini-jupe, en bas résille mais qui sont des filles très posées dans leur vie, qui sont avec leur copain depuis des années mais qui aime juste s’habiller. Elles aiment être sexy.

A contrario, je connais des gens qui s’habillent comme des nones et qui pourtant sont un peu plus libérées dans leur life style, disons. Au contraire, l’habit sert à cacher beaucoup de choses.

 

Tu peux retrouver Alexandre sur Instagram ICI et sur son blog ICI.

Et si toi aussi, tu veux participer à ma chronique « La Mode & Toi », envoie-moi un mail à lestylejeje@gmail.com.

Tendrement,

xx

Jeje

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s